TRIBUNE — L’oligarchie libérale dans sa course au Nouvel Ordre mondial a trouvé tout naturellement le cordon symbolique et médiatique pour contraindre les personnes à se faire vacciner et à adopter le passe : le sanitaire-sécuritaire. Le virus, nouveau monstre microscopique, était l’aubaine. L’arme de persuasion massive. La terreur invisible. La menace partout présente, en soi, chez l’autre. Le fait qu’il pirate votre corps, puisse rendre malade ou tuer a créé une panique sans précédent dans la population, décuplée par un catastrophisme morbide avec le comptage des décès, les confinements et les couvre-feux. Qu’il soit naturel ou non n’a que peu d’importance. L’impact symbolique est l’essentiel. L’expérimentation à grande échelle. Le vaccin a suivi naturellement la pente et ce remède miracle, croyait-on, allait sauver l’humanité. Faire porter la responsabilité à une partie de la population qui ne veut pas se faire vacciner relève d’un coup de poker ingénieux. On se demande ce qu’on aurait entendu si l’on avait imposé de telles mesures aux homosexuels lors de l’épidémie de Sida étant donné qu’à cette époque le virus tuait à coup sûr.

Un système crée les conditions nécessaires pour parvenir au but immanent à son époque. L’idéologie est secondaire dans cette histoire tout comme le chiffre d’affaires colossal de Pfizer et d’autres laboratoires : l’intégrisme sanitaire et la violence unificatrice.

Le mal ne réside plus dans l’ombre comme auparavant, mais dans la lumière de la transparence. Contrôle diabolique. Nous vivons depuis des décennies sous le paradis émancipateur de la protection intégrale qui s’est étendu comme un univers ouaté ou un emballage de Christo sur nos vies. Notre propre système est hanté dans son immanence par la viralité, le contrôle, l’hygiénisme, la sécurité, le traçage, déjà infiltrés dans nos réseaux informatiques avant de s’hystériser à grande échelle dans le monde. Telle une maladie auto-immune, il secrète son propre mal en voulant éradiquer toute négativité jusqu’à la mort elle-même de l’horizon humain. C’est l’enjeu majeur. Nous sommes tout autant protégés que démunis. Or, chose terrible, si les individus étaient capables de mettre en jeu leur propre mort, s’immolaient ou se suicidaient devant l’Élysée, le pouvoir serait tétanisé. Mais comment le peuvent-ils sans perdre leur illusion de protection ? C’est comme cela que le pouvoir les contrôle : il ne tue pas, maintient en vie, mais sous la contrainte et le chantage dans cet échange symbolique implacable.

Ce phénomène a touché tous les aspects de la vie quotidienne. Ont suivi tous les slogans (antifascisme, antiracisme, antisexisme, féminisme outré, etc.) avec la cohorte de lois censées protéger les individus de la moindre attaque alors qu’elles ne font que propager et enflammer l’épidémie haineuse des individus entre eux dans leur exhibition publique (sexe et couleur de peau), notamment par l’intermédiaire des réseaux sociaux (Facebook, Twitter). Il en a été de même avec l’écologie, les produits bio, le langage (Zéro mort, frappes chirurgicales), l’hygiène corporel intensif, la « culture » du préservatif (en latex ou moral), l’inflation des suffixes “phobies” et le wokisme. Ce management radical de la prophylaxie est en lui-même terroriste : il invoque un redoublement sans fin de la protection en même temps qu’il provoque une implosion de tous les codes culturels. Jean Baudrillard expliquait ce phénomène depuis des années.

Dans ce monde sous cloche, l’allergie au moindre petit malheur, au moindre propos déviant ou critique devient insupportable alors que l’on a vanté ce monde de la proximité, de la fraternité et du mélangisme avec excès et folie. Ironiquement, la réversibilité l’atteint de plein fouet : distanciation sociale, contrôle sanitaire délirant, hygiénisme galopant au point d’avoir satellisé la mort elle-même devenue inenvisageable. Le transhumanisme (vaincre la mort) ne naît pas par hasard au même moment, promu par les GAFAM et autres Klaus Schwab.

Le processus du sanitaire s’est conjugué au terrorisme. Zemmour peut bien dénoncer l’intégrisme islamiste qui met en jeu sa propre mort, mais l’intégrisme sanitaire, jusque dans les droits de l’homme, est pire : il s’enveloppe sous le sceau du Bien pour éradiquer le Mal, se mettant à l’abri de toute suspicion et s’offrant une hégémonie sans limites. Jean Baudrillard avait relevé ce phénomène dans Carnaval et cannibale : « Toutes les autres formes de violence réactionnelle, les intégrismes de tout poil, les totalitarismes, les fanatismes religieux et ethniques, toute cette violence visible et spectaculaire qui culmine dans le terrorisme, est moins meurtrière que celle, invisible et tentaculaire, du processus mondial inexorable, du world processing ». Et tout cela arrive au moment précis où grâce à l’informatique et après avoir accepté cette mondialisation, les individus parlent le “franglais” à tout bout de champ, ont adopté cette mentalité fluide et postmoderne en provenance des États-Unis, utilisent Tinder, Google, Facebook. Bref, ils sont pilotés de l’intérieur par les GAFAM.

Face aux mesures de restrictions des libertés, on parle de fascisme en utilisant un vieux terme inadéquat de nos jours. C’est en fait plus redoutable, car le fascisme était brutal et physique, mais ne pouvait atteindre l’âme ou l’esprit des gens. Le génocide opéré par le nazisme était hanté par la pureté de la race, donc par la non-contagion d’une race par une autre. Le procédé restait encore extérieur, idéologiquement orienté.

Comme d’habitude, ce processus n’apparaît pas à l’œil nu dans la doxa et c’est ce qui le rend pur et insoupçonnable aux yeux de son époque. Il est le même déguisé derrière des atours ou des alibis différents. Ici, le tour de force du pouvoir est d’avoir fait muter le processus totalitaire de l’abjection raciste en fascisme en blouse blanche, c’est-à-dire désigner une fraction de la population à la vindicte en créant un nouveau bouc émissaire doublé du sceau purificateur de la protection et de la sécurité, s’immunisant lui-même dans le discours prétendument scientifique.

La stabilité sociale s’appuie sur des comportements moraux ou normatifs, mais qui changent avec le temps. En humiliant et en punissant ceux qui n’en font pas partie, des personnes ont la certitude d’être saines. Elles se distinguent comme des Élus, des membres à part extirpés des parias avec un passe-sanitaire qui risque de s’étendre à d’autres secteurs de la société. Notre peur de la non-conformité est intrinsèque à notre nature au point qu’elle a trouvé de nos jours un nouveau champ d’application.

Dans la droite ligne de ce qu’expliquait l’anthropologue René Girard à propos du désir mimétique, pour préparer quelqu’un à être rejeté ou éliminé, il est utile d’entasser sur lui toutes les calomnies inimaginables. C’est ce que nous entendons dans les médias grand public dans le fait que les non-vaccinés, non seulement tuent des gens, mais qu’ils sont des conspirationnistes, des propagateurs de désinformations, ou qu’ils sont assimilables à des terroristes nationaux. L’ennemi intérieur. Ils deviennent les représentants identifiables de l’infection prêts à être extraits chirurgicalement du corps politique comme des cellules cancéreuses situées dans la tumeur sociale. Un nouveau bouc émissaire justifié.

La science est logiquement accaparée pour légitimer ce discours. Le nouveau Dieu, religieusement adoré sans les apparats de l’ancien. On assiste à une propagande inédite avec contraintes dramatiques et restrictions délirantes. Terreur blanche, sanitaire et sécuritaire. Les non-vaccinés sont associés symboliquement au virus par extension et peuvent contaminer les vaccinés. Inconsciemment, une partie du public se conforme au programme ancestral consistant à charger une fraction de la population du symbole de la contamination, légitimant leur mise à l’écart et purifiant ainsi la société. Les vaccinés ont leur passe-sanitaire et leur bracelet pour voyager en train, ou annoncent leur statut sur les sites de rencontres indiquant qu’ils sont sains.

Le pouvoir dispose d’un puissant allié dans l’idéologie collective qui s’exprime par divers mécanismes d’ostracisme, de honte et d’autres pressions sociales et économiques d’une façon virale. Le pas a été nettement franchi par la tribune de Georges Ghosn, directeur de la publication de VSD, intitulée La France bas de plafond où il traite de “connards” et de malades (entre autres) les non-vaccinés. La religiosité sanitaire fait des adeptes et les militants de la santé tentent de recruter comme à Lourdes. Aucun artiste et intellectuel quasiment n’a osé élever la voix ; les associations subventionnées sont restées muettes, elles qui sont pourtant si promptes à hurler à la moindre discrimination. Tous sont comme tétanisés, rentrés dans la crèche. Sécurisés et blanchis, ils ne s’étonnent pas et légitiment que YouTube, Twitter, Facebook, etc., censurent des chaînes, des reportages, des articles, des messages n’allant pas dans le sens du discours officiel.

L’ostracisme envers les non-vaccinés n’est pas dû au virus, ce dernier étant pris en otage. Dans toute société, certaines personnes sont particulièrement zélées pour faire respecter les normes, valeurs, clichés de l’inconscient collectif. Mais lorsque des forces détournent les normes par la propagande et le contrôle de l’information, ces personnes peuvent devenir des instruments de contrôle totalitaire. Ce pour quoi elles collaborent avec zèle ou s’imitent comme dans Rhinocéros d’Eugène Ionesco ou Zelig de Woody Allen. Des individus se targuent de dénoncer à la Police les restaurateurs qui ne respecteraient pas le passe-sanitaire. L’humanité n’a pas changé. Avec la même rectitude, les mêmes auraient été antisémites, fascistes et collaborationnistes, conformes à l’inconscient collectif de leur époque.

De nouveaux boucs émissaires sont donc nés : les hérétiques de notre temps informatique, les antivaccins ou antipasses. Il importe peu de savoir si l’un d’entre eux représente une réelle menace. Il suffit qu’il suscite l’indignation nécessaire pour déclencher une violence unificatrice, une expulsion du corps social ou une mise au ban. La persécution de ces derniers devient alors admise, mais obéit à un schéma qui n’a rien à voir avec le fait qu’ils aient raison ou tort. Cette violence peut être exploitée à des fins politiques. Les totalitaires de droite et de gauche l’invoquent sans cesse lorsqu’ils parlent de purge, de nettoyage ethnique, de pureté raciale et de traîtres parmi nous, y compris maintenant des traîtres à la démocratie dans un renversement total des valeurs. Ce processus émerge sous tous les systèmes politiques dont le nôtre n’est pas exempt. La campagne contre les non-vaccinés ou les antipasses canalise le même phénomène sous une forme inédite, douce et sécurisante, logiquement peu aperçue par notre époque puisqu’elle s’est immunisée derrière le discours du sanitaire et du sécuritaire qui ne fonctionne qu’en circuits fermés.

Il faut du courage pour défier une foule, les putois du consensus. Les opposants ont forcément tort. Les médecins et les scientifiques qui expriment des opinions sceptiques sont des traîtres et risquent de perdre leurs financements, leurs emplois, tout comme les citoyens ordinaires font face à la censure sur les médias grand public. Contrairement au discours associant les non-vaccinés ou les antipasses à la seule contagion, des scientifiques affirment que les vaccinés peuvent être tout autant contagieux et transmettre le virus que les non-vaccinés, virus qui, rappelons-le, n’est ni la peste ni la grippe espagnole et dont le taux de létalité est très faible, n’atteignant quasiment que des personnes âgées avec comorbidités. Le Dr Piers Robinson, codirecteur de l’Organisation pour les études de propagande, pense que “l’épidémie de Covid est une utilisation à grande échelle de la propagande par les gouvernements et les entreprises pour maintenir des états d’urgence et des suspensions des droits de l’homme”. Martin Kulldorff, professeur de médecine à la Harvard Medical School et biostatisticien et épidémiologiste au Brigham and Women’s Hospital déclare : “Ceux qui poussent à la mise en place de ces mandats et passeports vaccinaux font beaucoup plus de mal que quiconque à la confiance dans les vaccins. (2)” Pire, entend-on, ce sont les vaccinés qui sont les plus susceptibles de produire des variants par pression de sélection entraînant des taux de mutation plus élevés. Le vaccin ne procurera pas une immunité collective. Pire encore, des informations alarmantes sur le nombre de morts ou sur les effets secondaires graves à plus ou moins long terme dus au vaccin circulent. Le vaccin AstraZeneca a été suspendu en février-mars 2021 dans de nombreux pays et retiré, voire interdit au Danemark, en Norvège, en Suisse, en Afrique du Sud, au Venezuela et aux États-Unis. Le vaccin Moderna a été interdit aux moins de trente ans en Suède. Tout a été balayé d’un revers de la main.

Malgré cela, le pouvoir a maintenant l’impunité totale, le sanitaire, idéologie typique de la sécurité informatique et de santé intégrale préalablement injectée à doses homéopathiques durant des années par l’hygiénisme galopant à tous les étages de la société. Au virus pouvant toucher tout le monde succède le vaccin et au vaccin succède le QR code du téléphone portable. Nous changeons de modèle de société d’une façon contrainte et forcée. La nouvelle société numérique se met en place avec un contrôle accru, une surveillance inédite dont le sanitaire n’est qu’un support, l’arme blanche de la purification des opposants. Va-t-elle créer une nouvelle ségrégation où certains seront sélectionnés pour leur collaboration passive ou active et d’autres non ? Visiblement.

Voilà le monde tel qu’il devient, virtualisé et sans vie, cloîtré derrière son écran, un doigt prêt à cliquer, sous préservatif moral tel l’enfant-bulle, démuni et surprotégé, sous respiration vaccinale et dont le corps doit être expurgé de toute viralité pour fonctionner sous le paradis artificiel de la technologie. Non seulement il s’agit d’une mise sous séquestre d’un corps fonctionnant sans âme et sans part d’ombre, mais indexe celui-ci sur l’automatisme de la machine, une homéostasie du corps sur cette dernière. Une nouvelle anthropologie, fonctionnaliste, médicale et technologique, est en train de naître sous nos yeux pour réussir cette “révolution” numérique. Autrement dit, une euthanasie de l’être humain. Une société faite de codes-barres et de QR code.

En France, le 9 août 2021, le premier pas est en tout cas franchi pour habituer le plus grand nombre à un bannissement d’une partie des citoyens sous des prétextes frauduleux de santé. Le pouvoir a fait preuve d’une précipitation, d’une volonté et d’une violence hors du commun pour installer de telles mesures restrictives de liberté, afin de contrôler ces êtres humains défaillants, mais aussi les habituer symboliquement à cet état de fait. Avec sa caution du sanitaire, il peut l’opérer avec la bénédiction papale d’une partie du public. Il faut s’attendre à ce que d’autres pays emboitent le pas de la France et à ce que les mesures répressives s’accroissent pour parvenir à l’objectif visé à plus ou moins long terme.

En résumé, comme dans 2001 l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, nous vivons sous l’œil impérial, technologique et informatique de HAL, les individus n’étant plus que des figurants en hibernation. Il faudrait opérer une seule solution : débrancher HAL comme Dave le fait vers la fin du film.

Yannick Rolandeau est cinéaste et écrivain, auteur de trois essais sur le cinéma : Le cinéma de Woody Allen, Nouvelle vague, essai critique d’un mythe cinématographique, et Quentin Tarantino ou le crépuscule de l’image (l’Harmattan). Il a monté et anime une chaîne YouTube d’analyses et critiques de grands films.





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