par Serge H. Moïse.

Des millions d’âmes abandonnées se lamentent et s’écrient : Pitié pour Haïti et l’écho de leurs voix semblent se répercuter dans la nuit des temps et se perdre dans un espace plus nébuleux que jamais.

Ce pays qui, en dépit de ses profondes contradictions internes aura marqué de manière irréversible l’histoire de l’humanité tout entière.

Ce pays qui a donné naissance et qui a vu grandir des femmes et des hommes d’une incommensurable grandeur.

Ce pays dont la véritable histoire a toujours été occultée aussi bien par ses faux amis que par certains de ses propres ressortissants.

Ce pays dont les filles et fils sont éparpillés aux quatre coins de la planète, brillant des mille feux de leurs capacités artistiques et intellectuelles qui demeurent incapables de voler au secours de l’alma-mater.

Dix millions d’âmes vivotent tant bien que mal sur cette terre de feu, de fer et de sang, ne sachant à quels loas ni à quels saints se vouer.

Quatre millions cinq cent mille autres errant d’une capitale étrangère à une autre, comme un liquide qui prend la forme du vase qui le contient.

Voilà aujourd’hui et en peu de mots, la triste image des héritiers de Toussaint Louverture, de Capois Lamort et de Jean-Jacques Dessalines, pour ne citer que ceux-là, sans oublier les femmes vaillantes dont on ne parle pas assez.

« Vouloir c’est pouvoir » dit le vieil adage, mais il ne faut point confondre, vœux pieux et volonté réelle. L’héritage tronqué des vertus cardinales semble se confirmer de jour en jour à travers l’observation objective des discours sulfureux de nos compatriotes et en particulier leur comportement qui bat en brèche la judicieuse maxime « acta non verba ».

Chaque compatriote, diplômé ou pas, remue ciel et terre afin d’obtenir un visa, en vue de fuir la misère et le chômage endémiques qui augmentent jour après jour, mais nul n’élève la voix pour exiger que la création d’emplois devienne la priorité des priorités de l’État haïtien.

Les rapports de la Banque Mondiale et d’autres organismes internationaux indiquent que la diaspora injecte près de deux milliards de dollars dans l’économie haïtienne mais omettent, volontairement ou non, d’autant plus que nos propres économistes n’en pipent mot, de préciser que cette masse d’argent ne contribue en rien au développement du pays.

Et pour cause, car cet argent est voué à la consommation de produits importés, la production nationale étant réduite à une peau de chagrin.

L’argent ne fait que transiter pour retourner aussi vite dans les coffres des pays producteurs de biens et de services, avec pour conséquences des plus néfastes, de maintenir et de développer chez les récipiendaires de petits chèques mensuels, une mentalité d’assistés sinon de parasites nés pour un petit pain selon la bonne vieille expression québécoise.

« Haïti is open for business » est le dernier slogan en date, mais tous les gouvernements précédents ont arboré la même posture. Les bras ouverts attendant que la diaspora déverse d’importants capitaux dans l’économie de leur pays d’origine et évidemment l’arrivée massive des investisseurs étrangers.

Rêve irréalisable pour deux raisons majeures, la première est que les investisseurs étrangers n’ont pas d’état d’âme et ne caressent d’autre objectif que le profit susceptible d’être généré par leurs placements. La seconde qui n’est un secret pour personne, la diaspora est constituée en grande majorité de rudes travailleurs vivant chichement et d’une infime minorité de fonctionnaires et de professionnels appartenant au « lower middle class » des États-Unis, du Canada et de la France.

Si ce n’était le cas, nous verrions nos fiers compatriotes à la tête de grandes entreprises, avec autant de rayonnement dans le territoire d’accueil que dans le pays d’origine. L’on pourrait certes faire référence à deux ou trois exemples qui constituent en somme l’exception qui confirme la règle.

De plus, les relations entre sœurs et frères dans la diaspora reflètent fidèlement celles qui ont toujours prévalu dans la mère patrie : méfiance, sotte rivalité, mièvrerie, duperies, haïtiâneries pour ne citer que les plus faibles effets pervers de la gamme de complexes qui nous caractérisent comme population acculturée et qui refuse de se remettre en question.

Toute comparaison mise à part, car on ne compare que des comparables, Les Juifs en ont vu de toutes les couleurs eux aussi, ils se retrouvaient à tous les coins de la planète, collectionnant les prix Nobel et autres en récompense de prouesses académiques. Ils ont fait tant et si bien qu’ils ont fini par réaliser leur rêve collectif : l’État d’Israël a ainsi vu le jour.

Les Polonais en ont bavé et petit à petit, ils se relèvent et seront sous peu une nation fière et prospère.

Les Dominicains nous suivaient de près dans les années quarante, mais depuis belle lurette, des observateurs, en guise de figure de style, parlant des deux républiques vous disent : C’est le jour et la nuit.

Tant que les « MRE » : Most Repugnant Élite, selon Brian Dean Curran, auront voix au chapitre, tant que nos « PhD » Perroquets-Hâbleurs-Délitants occuperont le devant de la scène à faire « du m’as-tu vu », tant que nous refuserons de nous remettre sérieusement en question afin de changer d’orientation et cette fois pour la bonne, nos leaders autoproclamés, nos intrépides intellos et la population tout entière risquent de demeurer et pour longtemps encore, des infortunés sans-voix

Me Serge H. Moïse av.



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