Ce ne sera pas la première fois – ni peut-être la dernière – que l’actuel Président brésilien, Jair Bolsonaro, se voit faire l’objet d’une plainte devant la Cour pénale internationale. En cause : son rôle central dans l’accélération de la déforestation de la forêt Amazonienne, véritable poumon vert de la planète, après les océans. L’ONG autrichienne AllRise, auteure de la plainte, considère que les impacts d’un tel phénomène sur la vie et la santé humaine à travers le monde constituent « un crime contre l’humanité » dont l’administration Bolsonaro se rend complice. Alors que l’urgence climatique se confirme et s’accentue de jour en jour, le surnommé « Trump des tropiques » continue d’appliquer son programme politique destructeur des hommes et de l’environnement.

« Le président brésilien est une menace pour la transition écologique et les efforts mondiaux pour contenir le réchauffement climatique. Quotidiennement et délibérément, il promeut la destruction de l’environnement et attaque les droits des populations traditionnelles. Bolsonaro doit payer pour les crimes qu’il commet, et nous espérons que sa punition sera exemplaire », déclare à CNN Marcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du climat qui supporte l’action. Déposée le 12 octobre 2021, cette plainte enjoint le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter sur les faits de persécutions, de meurtres et de violences commises dans le cadre de la déforestation amazonienne. Selon l’ONG AllRise qui lance parallèlement sa campagne « PlanetVsBolsonaro », le président brésilien et son administration sont complices de ces crimes contre l’humanité.

La déforestation amazonienne s’accélère depuis l’investiture de Bolsonaro

Et pour cause, de nombreuses études scientifiques viennent justifier l’action des défenseurs de la forêt amazonienne. Publié ce jeudi dans la revue Nature Climate Change, un nouveau rapport annonce ainsi la transformation de ce puit de carbone fondamental pour la planète en émetteur net de CO2 depuis 2020. Autrement dit, la forêt amazonienne émet aujourd’hui davantage d’émissions qu’elles n’en absorbe.

Selon plusieurs études, la forêt amazonienne émet plus de CO2 qu’elle n’en absorbe depuis 2020. – Photo libre de droits.

Si ce phénomène de déforestation s’intensifie depuis quelques décennies déjà, l’arrivée au pourvoir de Jair Bolsonaro a marqué un tournant dans l’accélération de la dégradation de la forêt tropicale. En 2021, l’Institut brésilien de recherche spatiale (INPE) a ainsi enregistré en Amazonie brésilienne le deuxième plus haut taux de déforestation annuelle depuis 2015. Sur l’année qui vient de s’écouler du 1er août 2020 au 31 juillet 2021, ce sont alors près 8 712 km² de forêts qui ont été détruits. 

« Le gouvernement brésilien, loin de participer à l’enrayement de la déforestation, manœuvre pour encourager l’expansion d’exploitations agricoles illégales en Amazonie. Le 3 août 2021, la Chambre des députés brésilienne a voté une loi qui, si elle était adoptée dans les mêmes termes au Sénat, faciliterait la régularisation de l‘exploitation de terres publiques occupées illégalement. Or au Brésil, un tiers de la déforestation de l’Amazonie est lié à des accaparements de terres publiques », explique l’Institut de recherche à Greenpeace. Le résultat d’une telle politique est sans appel : depuis l’investiture du dirigeant qualifié d’extrême droite, le rythme de déboisement s’est accru de 88%.

Une politique complice de “crimes contre l’humanité”

Le fondateur autrichien d’AllRise, Johannes Wesemann, insiste lui aussi sur le fait que Jair Bolsonaro a « systématiquement » cherché à affaiblir ou à se débarrasser des lois, des militants de la protection de l’environnement et des organismes officiels encadrant les activités en forêt. « Étant les poumons de notre planète, la destruction du biome amazonien nous affecte tous. Dans notre plainte, nous présentons des preuves qui montrent comment les actions de Bolsonaro sont directement liées aux impacts négatifs du changement climatique dans le monde », ajoute-t-il. Selon les experts associés à la procédure, les émissions attribuables à la déforestation sous l’actuelle administration brésilienne causeront à elles seules plus de 180 000 décès supplémentaires dans le monde d’ici la fin du siècle.

Cette forêt tropicale millénaire est considérée comme le poumon vert de notre planète. – Photo libre de droits

Bien que les accusations puissent sembler fondées, il appartient pleinement au Procureur de la CPI, le britannique Karim A. A. Khan QC, de juger de l’opportunité des poursuites. En effet, tout individu, Etat ou groupe d’individus tel que les associations ou les ONG peuvent envoyer des informations au Bureau du Procureur concernant des crimes présumés, mais rien n’oblige les magistrats à ouvrir officiellement une enquête. Selon les sources de la Cour, plus de 12 000 plaintes ont déjà été déposées à La Haye à ce jour.

Plusieurs plaintes au compteur pour l’actuel Président brésilien

Et quelques-unes de celles-ci concerne déjà le Président brésilien. Ainsi, en janvier 2021, le cacique Raoni Matuktire, défenseur emblématique de la forêt amazonienne et des populations autochtones, avait demandé à la CPI d’enquêter pour « crimes contre l’humanité », accusant Bolsonaro de « persécuter » les peuples indigènes en détruisant leur habitat et en bafouant leurs droits fondamentaux.

Plus tôt en juillet 2020, des membres du personnel de santé brésilien ont protesté contre la gestion déplorable et irresponsable de la crise du coronavirus, causant des milliers de morts parmi la population. Le surnommé « Trump des tropiques » avait alors également été épinglé devant la juridiction internationale, notamment pour dissémination de fausses information et abandon des populations indigènes.

Les populations autochtones vivant dans la forêt depuis des générations réclament un accès aux terres et le respect de leurs droits fondamentaux. – Photo libre de droits

Mais la Cour pénale internationale, créée en 2002 pour juger les pires atrocités commises dans le monde, jouit d’une compétence plus que limitée dans les faits. Tiraillée entre idéaux de justice et stratégie diplomatique, elle semble parfois désemparée devant l’ampleur et l’habilité politique des crimes commis. Il n’en reste pas moins qu’une telle opération a le mérite d’alerter l’opinion publique sur l’urgence d’agir pour protéger un biotope exceptionnellement riche et diversifié, fondamental à l’équilibre environnemental mondial.

Cette plainte est ainsi « la première à inclure le rôle du président brésilien dans l’aggravation de la crise climatique et ses impacts sur la santé et la vie humaine dans le monde », rappelle la Fondation européenne pour le climat.

L.A.

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