société du spectacle

La société moderne qui, jusqu’en 1968, allait de succès en succès, et s’était persuadée qu’elle était aimée, a dû renoncer depuis lors à ces rêves ; elle préfère être redoutée. Elle sait bien que « son air d’innocence ne reviendra plus ».

Le propre des intellectuels de talent est de tout prévoir à l’avance. Guy Debord, en scrutant et réfléchissant sur ce qui se passait avait anticipé par avance la « crise du COVID » qui n’a de crise que le nom.

A telle enseigne que lorsque sont parus « les commentaires sur la société du spectacle », un plateau regroupant les aigrefins politico-littéraires de l’époque s’en donna à cœur joie pour vilipender le caractère « complotiste » (éh oui déjà…) du livre de Debord sorti en 1988. L’aigrefin en chef de cette cabale n’étant autre que Franz-Olivier Gisbert (on retrouve facilement le « débat » télévisuel sur internet).

Toutes les citations de ce texte sont extraites des commentaires sur la société du spectacle, qu’il faudra se donner la peine de lire pour les retrouver, mais j’en garantis l’exactitude au mot près.

Il faut dire que Debord avait osé proférer que, ce qu’il nommait, le « spectacle intégré » était caractérisé par « cinq traits principaux, qui sont : le renouvellement technologique incessant ; la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpétuel. »

Voici donc un florilège de ce qu’avait non pas prédit, mais vu, Guy Debord quant à l’évolution de nos sociétés « démocratique », et qui résonnent d’un curieux accent depuis que la Dictature a été instauré par Macron ; qu’elle est inscrite dans la loi par ses partisans (on ne peut décemment pas les considérer comme des « députés » du peuple français), et que vient tout juste d’être permis le fichage des enfants, ce à quoi même les nationaux-socialistes et les communistes n’avaient pas pensé.

La dictature des bons sentiments peut parfois être pire que celle de la botte qui écrase indéfiniment le visage ; ou si l’on préfère : le meilleur des mondes peut être plus immonde encore que 1984.

Que pensait Guy Debord de la « classe politique » et de ceux qui gouvernent ? Qu’il fallait les sélectionner avec soin pour répondre aux besoins de la véritable classe dirigeante, mais de manière suffisamment discrète pour qu’on ne voit pas trop qui agite les marionnettes ; cette nouvelle classe politique devrait être sans scrupule et malfaisante et avoir effacé les dernières traces des humanités ; être « décomplexée » comme on dit en langage moderne, car « le destin du spectacle n’est certainement pas de finir en despotisme éclairé » :

« Il faut conclure qu’une relève est imminente et inéluctable dans la caste cooptée qui gère la domination, et notamment dirige la protection de cette domination. En une telle matière, la nouveauté, bien sûr, ne sera jamais exposée sur la scène du spectacle. Elle apparaît seulement comme la foudre, qu’on ne reconnaît qu’à ses coups. Cette relève, qui va décisivement parachever l’œuvre des temps spectaculaires, s’opère discrètement, et quoique concernant des gens déjà installés tous dans la sphère même du pouvoir, conspirativement. Elle sélectionnera ceux qui y prendront part sur cette exigence principale : qu’ils sachent clairement de quels obstacles ils sont délivrés, et de quoi ils sont capables. »

Debord avait prévu Macron : cet homme délivré de tout obstacle ; capable de tout y compris et surtout d’envoyer la troupe contre le peuple. Menteur invétéré qui peut dire tout et son contraire comme le dernier des jésuites. Homme de peu, sans courage, sans caractère, mais pétri d’ambition et du mépris de classe qui plait et sied tant aux élites. Pseudo-intellectuel et faux érudit, porté au pinacle par des demi-intellectuels tout juste apte à pérorer sur des plateaux de télévision, ou à jaqueter à la radio sur des sujets dont ils ignorent le premier mot ; homme qui ne parle de son pays que pour en dire du mal. Homme lige du système et incarnation parfaite de cette élite méprisante et méprisable. Il est l’archétype de l’homme moderne : égoïste, insensible et inhumain.

Une fois ce Macron et ses semblables, sans foi, ni loi recrutés ; délivrés de tous les obstacles, il leur appartient comme le dernier PDG de n’importe quelle entreprise, de montrer de « quoi il est capable » car :

« Une loi générale du fonctionnement du spectaculaire intégré, tout au moins pour ceux qui en gèrent la conduite, c’est que, dans ce cadre, tout ce que l’on peut faire doit être fait. C’est dire que tout nouvel instrument doit être employé, quoi qu’il en coûte. L’outillage nouveau devient partout le but et le moteur du système ; et sera seul à pouvoir modifier notablement sa marche, chaque fois que son emploi s’est imposé sans autre réflexion. Les propriétaires de la société, en effet, veulent avant tout maintenir un certain « rapport social entre des personnes », mais il leur faut aussi y poursuivre le renouvellement technologique incessant ; car telle a été une des obligations qu’ils ont acceptées avec leur héritage. Cette loi s’applique donc également aux services qui protègent la domination. L’instrument que l’on a mis au point doit être employé, et son emploi renforcera les conditions mêmes qui favorisaient cet emploi. C’est ainsi que les procédés d’urgence deviennent procédures de toujours. »

Eh oui : Debord avait anticipé « le quoi qu’il en coûte » de Macron ; et il nous explique même pourquoi nous vivons dans un « état d’urgence » permanent (autre nom de la dictature, puisqu’il s’agit de nous priver de tout ou partie de nos libertés fondamentales) depuis 2015. Les procédés d’urgence deviennent procédures de toujours. Le « pass sanitaire » ne disparaîtra jamais. Ou plus exactement : peut-être sera-t-il modifié pour répondre à une autre « urgence » ou tout autre motif qui lui sera assigné. Mais il est désormais dans nos vies, inscrits dans notre « citoyenneté ». Et la prochaine étape sera de le relier à une base de données qui permette de s’assurer que certains d’entre-nous n’ont pas le don d’ubiquité et ne se trouvent pas en deux endroits en même temps. Si tel est le cas : ce ne sont pas quelques mystiques qui viendront l’en féliciter, mais la police qui sera là pour lui demander des comptes. Tout cela est fait pour notre bien, naturellement et dans le but de nous protéger. La sagesse populaire ne dit-elle pas que l’Enfer est pavé de bonnes intentions ?

Mais comment intoxiquer à ce point les citoyens qu’ils en arrivent à, non pas accepter, mais promouvoir ce système qui les enchaîne et les traite comme des esclaves ? Il suffit de recourir à la publicité, qui n’est que la forme spectaculaire de la propagande (voir Bernays à ce sujet) :

« Des réseaux de promotion-contrôle, on glisse insensiblement aux réseaux de surveillance désinformation. Autrefois, on ne conspirait jamais que contre un ordre établi. Aujourd’hui, conspirer en sa faveur est un nouveau métier en grand développement. Sous la domination spectaculaire, on conspire pour la maintenir, et pour assurer ce qu’elle seule pourra appeler sa bonne marche. Cette conspiration fait partie de son fonctionnement même. »

Tel est le rôle de la « presse » et des « mass médias ». Désormais, du dernier des « gauchistes », au plus convaincu des « droitistes », lecteur du Figaro, on écoute la voix de son maître (laquelle ne peut pas se tromper surtout quand elle dit un jour l’inverse de la veille) et on promeut la politique gouvernementale et ses mensonges. On considère la contradiction comme du génie, et le sophisme est promu au rang de sommet de la logique. Ainsi, la volonté de l’exécutif de s’immiscer dans notre sphère privée jusqu’à nous forcer à un acte médical contraint, et son corollaire imposé, qui consiste à dépouiller les citoyens qui refusent le fichage et l’atteinte aux libertés les plus fondamentales, n’est plus un motif de colère envers le maître ; au contraire : ces actes sont vus comme la plus grande preuve d’une fraternité et d’amour compassionnel pour son prochain. La condition de l’esclave peut aussi avoir des bons côtés. Aucune voix, d’aucun « intellectuel » qui, par habitude stylistique, flétrit le système ne s’est élevée contre cette aberration. Seul Guilluy sauve l’honneur. Quant aux autres : ils attendent la rente de situation liée à la production (on ne parlera pas ici d’écriture) d’un prochain ouvrage qui passera pour « subversif » auprès des médias car : « dans certains cas, il s’agit de créer, sur des questions qui risqueraient de devenir brûlantes, une autre pseudo-opinion critique ; et entre les deux opinions qui surgiraient ainsi, l’une et l’autre étrangères aux miséreuses conventions spectaculaires, le jugement ingénu pourra indéfiniment osciller, et la discussion pour les peser sera relancée chaque fois qu’il conviendra. Plus souvent, il s’agit d’un discours général sur ce qui est médiatiquement caché, et ce discours pourra être fort critique, et sur quelques points manifestement intelligents, mais en restant curieusement décentré. »

Mais de toute façon, le rôle qui est attribué à ces rentiers de la révolution couchée sur papier est autre car :

« on s’est mis aussi en situation de faire composer des fragments d’une critique sociale d’élevage, qui ne sera plus confiée à des universitaires ou des médiatiques, qu’il vaut mieux désormais tenir éloignés des menteries trop traditionnelles en ce débat ; mais critique meilleure, lancée et exploitée d’une façon nouvelle, maniée par une autre espèce de professionnels, mieux formés. Il commence à paraître, d’une manière assez confidentielle, des textes lucides, anonymes ou signés par des inconnus — tactique d’ailleurs facilitée par la concentration des connaissances de tous sur les bouffons du spectacle ; laquelle a fait que les gens inconnus paraissent justement les plus estimables — , non seulement sur des sujets qui ne sont jamais abordés dans le spectacle, mais encore avec des arguments dont la justesse est rendue plus frappante par l’espèce d’originalité, calculable, qui leur vient du fait de n’être en somme jamais employés, quoiqu’ils soient assez évidents. Cette pratique peut servir au moins de premier degré d’initiation pour recruter des esprits un peu éveillés, à qui l’on dira plus tard, s’ils semblent convenables, une plus grande dose de la suite possible. Et ce qui sera, pour certains, le premier pas d’une carrière, sera pour d’autres — moins bien classés — le premier degré du piège dans lequel on les prendra. »

Arrivé à ce point, on nous dira : mais non ! Les « fake news » sont démontées tous les jours. Les décodeurs et autres « fact checkers » démontrent, preuve à l’appui que tout cela est faux et élucubrations de cerveaux dérangées. Vous n’êtes, vous et votre Debord que des « complotistes », des allumés du bulbe. C’est oublier que :

« Des rumeurs médiatiques-policières prennent à l’instant, ou au pire après avoir été répétées trois ou quatre fois, le poids indiscuté de preuves historiques séculaires. Selon l’autorité légendaire du spectacle du jour, d’étranges personnages éliminés dans le silence reparaissent comme survivants fictifs, dont le retour pourra toujours être évoqué ou supputé, et prouvé par le plus simple on-dit des spécialistes. Ils sont quelque part entre l’Achéron et le Léthé, ces morts qui n’ont pas été régulièrement enterrés par le spectacle, ils sont censés dormir en attendant qu’on veuille les réveiller, tous, le terroriste redescendu des collines et le pirate revenu de la mer ; et le voleur qui n’a plus besoin de voler. »

On verra disparaître les « terroristes » quand apparaîtra le « COVID » et une fois celui-là supprimé apparaîtront d’autres « terroristes » ou d’autres « virus » tout aussi suspect, venant de lieux tout aussi suspects. Debord aggrave même son cas, en posant la question qui fâche après un amère constat :

« Depuis longtemps, on s’est habitué partout à voir exécuter sommairement toutes sortes de gens. Les terroristes connus, ou considérés comme tels, sont combattus ouvertement d’une manière terroriste. Le Mossad va tuer au loin Abou Jihad, ou les S.A.S. anglais des Irlandais, ou la police parallèle du « G.A.L. » des Basques. Ceux que l’on fait tuer par de supposés terroristes ne sont pas eux-mêmes choisis sans raison ; mais il est généralement impossible d’être assuré de connaître ces raisons. On peut savoir que la gare de Bologne a sauté pour que l’Italie continue d’être bien gouvernée ; et ce que sont les « Escadrons de la mort » au Brésil ; et que la Mafia peut incendier un hôtel aux États-Unis pour appuyer un racket. Mais comment savoir à quoi ont pu servir, au fond, les « tueurs fous du Brabant » ? Il est difficile d’appliquer le principe Cui prodest ? dans un monde où tant d’intérêts agissants sont si bien cachés. De sorte que, sous le spectaculaire intégré, on vit et on meurt au point de confluence d’un très grand nombre de mystères. »

Depuis que ces lignes ont été écrites et que leur encre a séché : on sait que l’attentat de la gare de Bologne est dû à l’OTAN et ses réseaux stay behind mis en évidence par Daniele Ganzer. Comme le supposait Debord, on a fomenté un attentat sous fausse bannière pour maintenir un système.

Qui prodest ? est une question difficile mais essentielle et que seuls les imbéciles ne se posent jamais, parce qu’elle est trop difficile justement et parce qu’elle entraîne trop loin. Parce que voir le monde tel qu’il est, c’est l’accepter consciemment ; mieux vaut donc rester dans le confort douillet de celui qui aura autant de chance de gagner au loto que de mourir sous les balles d’un terroriste, ou à cause d’un virus trafiqué en laboratoire. Mieux vaut dire qu’on ne sait pas plutôt que de passer pour un illuminé.

N’avons-nous rien à attendre de cette société ? Non, car :

« La cohérence de la société du spectacle a, d’une certaine manière, donné raison aux révolutionnaires, puisqu’il est devenu clair que l’on ne peut y réformer le plus pauvre détail sans défaire l’ensemble. Mais, en même temps, cette cohérence a supprimé toute tendance révolutionnaire organisée en supprimant les terrains sociaux où elle avait pu plus ou moins bien s’exprimer : du syndicalisme aux journaux, de la ville aux livres. D’un même mouvement, on a pu mettre en lumière l’incompétence et l’irréflexion dont cette tendance était tout naturellement porteuse. Et sur le plan individuel, la cohérence qui règne est fort capable d’éliminer, ou d’acheter, certaines exceptions éventuelles. »

Nous sommes pris dans la nasse tel le dernier des Gilets Jaunes. Manifester ne sert à rien, puisque tout et truqué. S’opposer ne sert à rien car on ne vous montre que ce qu’on veut bien vous montrer. Deux millions de personnes peuvent devenir « 141 264 selon les données du ministère de l’intérieur », tout comme une poignée de manifestants, collaborant à la politique actuelle, peut devenir plusieurs dizaines de milliers si cela est nécessaire. On manipule tout, y compris les images officielles, pour cacher ce qui ne doit pas être vu : ainsi de la place de Trieste qui est le présent lieu de la contestation en Italie. Les milliers de manifestants qui s’y pressent qui y sont harcelés et blessés par la police n’existent pas car ils ne peuvent et ne doivent pas exister.

Je vous laisse méditer sur la conclusion des commentaires sur la société du spectacle :

« […] Vainement est relatif au sujet ; en vain est relatif à l’objet ; inutilement, c’est sans utilité pour personne. On a travaillé vainement lorsqu’on l’a fait sans succès, de sorte que l’on a perdu son temps et sa peine : on a travaillé en vain lorsqu’on l’a fait sans atteindre le but qu’on se proposait, à cause de la défectuosité de l’ouvrage. Si je ne puis venir à bout de faire ma besogne, je travaille vainement ; je perds inutilement mon temps et ma peine. Si ma besogne faite n’a pas l’effet que j’en attendais, si je n’ai pas atteint mon but, j’ai travaillé en vain ; c’est-à-dire que j’ai fait une chose inutile…

On dit aussi que quelqu’un a travaillé vainement, lorsqu’il n’est pas récompensé de son travail, ou que ce travail n’est pas agréé ; car dans ce cas le travailleur a perdu son temps et sa peine, sans préjuger aucunement la valeur de son travail, qui peut d’ailleurs être fort bon. »



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