Daniel Salmon, sénateur écologiste d’Ille-et-Vilaine, est le rapporteur de « Méthanisations : au-delà des controverses, quelles perspectives ? », le rapport de la mission d’information sénatoriale sur la méthanisation. Ce rapport s’inscrit dans un contexte où cette technologie — qui permet de produire du gaz à partir d’effluents d’élevage et a pour objectif d’atteindre les 10 % du mix énergétique d’ici 2030 — constitue un revenu pour les agriculteurs, au point où l’exploitation s’organise parfois à des visées énergétiques, et non plus agricoles. Alors que sur le terrain les projets sont contestés, parfois mal acceptés par les riverains, Daniel Salmon prône ici une méthanisation vertueuse et territoriale.

Daniel Salmon au Sénat, en octobre 2020. Wikimedia Commons/CC BYSA 4.0/Rpjl


Reporterre — Dans le rapport sénatorial sur la méthanisation, vous préconisez un modèle à la française, en opposition au modèle allemand. C’est-à-dire ?

Daniel Salmon — En Allemagne, il y a une grande liberté sur les matières utilisées pour alimenter le méthaniseur et produire du gaz. La culture qui dégage le plus de gaz, c’est le maïs. Ça a entraîné une course à la production au détriment de l’agriculture. Les agriculteurs sont devenus des énergiculteurs, ils font pousser du maïs pour produire du gaz et pas pour nourrir les animaux. En France, nous avons posé une limite : pas plus de 15 % de ce type de culture dans le méthaniseur, ce qui laisse la place pour les effluents d’élevage, comme le lisier.


La méthanisation peut-elle polariser l’agriculture avec, d’un côté une approche industrielle, où l’agriculteur est au service de la production d’énergie, et de l’autre, une méthanisation où la production d’énergie est au service du modèle d’exploitation des agriculteurs ?

C’est le risque, oui. La méthanisation est à l’interface entre deux mondes, celui de l’agriculture et celui de l’énergie. Ce sont des intérêts qui ne sont pas forcément les mêmes. Notre crainte est que les industriels de l’énergie prennent la main et que les agriculteurs soient dépossédés de leur outil de travail. Au sein du groupe des vingt-trois sénateurs de cette mission d’information, nous avons réussi à nous mettre d’accord, des Écologistes aux Républicains, sur le refus de la figure de l’énergiculteur. Nous sommes favorables à une petite méthanisation qui reste aux mains des agriculteurs. Par exemple, un méthaniseur en commun entre plusieurs exploitants peut permettre de mutualiser l’investissement, d’améliorer la transparence sur les intrants et d’embaucher pour la maintenance. C’est l’approche que nous prônons.

Un méthaniseur agricole à Grandris (Rhône, France). Wikimedia Commons/CC BYSA 4.0/Sebleouf

Le cadre réglementaire est en train de se resserrer, avec une baisse du prix de rachat du gaz et une augmentation de la distance minimale entre un méthaniseur et une maison. Cela peut-il détruire la filière ?

On ne veut pas que le scénario du photovoltaïque se reproduise, en l’occurrence une filière qui s’effondre à cause de la baisse des prix de rachat. On a beaucoup de projets de méthaniseur sous le coude. Ils vont probablement être déposés avant 2023 pour bénéficier des tarifs actuels. On peut penser qu’on assistera à un creux par la suite. En parallèle, la distance minimale entre une unité de méthanisation et une habitation passera de 50 à 100 mètres, voire 200 mètres d’ici 2023. On estime qu’avec cette règle, 1 projet sur 3 ne verra pas le jour. Le temps que ces mesures produisent leurs effets, nous y verrons plus clair en 2023. Raison pour laquelle nous souhaitons réaliser un point d’étape cette année-là dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie.

Le rapport préconise une meilleure articulation entre le monde agricole, celui de l’énergie et les collectivités locales pour porter une méthanisation territoriale. On dirait un vœu pieux.

Ça ne va pas être simple, c’est sûr. L’accident survenu à Châteaulin, dans le Finistère, en août 2020 [privant 180 000 foyers d’eau potable pendant plusieurs jours] montre bien les dysfonctionnements, en particulier le fait que chacun travaille dans son coin, sans communiquer. C’est pour cela que nous recommandons, par exemple, que l’agence de l’eau soit associée au processus lorsqu’il s’agit d’étudier le lieu d’implantation d’une unité de méthanisation.

Existe-t-il un territoire où se déploie cette méthanisation vertueuse à la française que préconise le rapport ?

Nous avons des exemples de méthanisation heureuse au service des agriculteurs, mais nous n’avons pas d’exemple à mentionner d’une méthanisation territoriale, portée par une collectivité. La Bretagne, qui se vante souvent d’être à la pointe dans de nombreux domaines, devrait participer à cette réflexion.

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