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agriculture, côte d’ivoire, pesticides

Une intoxication alimentaire liée à des produits phytosanitaires a fait huit morts dans un village du centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Mais ce drame est loin d’être un cas isolé car chaque année on enregistre des décès accidentels en raison de l’utilisation de pesticides le plus souvent non homologués par les autorités.

Les pesticides ne tuent pas que les parasites. C’est à ce triste constat que se sont rendus les habitants de Mignoré, un village du département de Vavoua, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, où huit personnes issues de deux familles ont péri en l’espace de 24 heures. Une neuvième se trouvait encore entre la vie et la mort au 4 octobre, date à laquelle le ministère de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté a communiqué sur ce drame.

Selon le ministère en question, les analyses médicales effectuées pour comprendre ce qui s’est passé “ont révélé une intoxication alimentaire organophosphorique liée aux produits phytosanitaires”.

Interrogée par Sputnik, Marie Paule Séka, médecin généraliste dans un centre de santé à base communautaire, explique que “les organophosphorés sont les pesticides utilisés dans l’agriculture”. En agriculture, les pesticides servant à protéger les plantes des parasites sont également appelés produits phytosanitaires.

Intoxication aux produits phytosanitaires

Dans son communiqué, le ministère indique que les décès sont survenus à la suite de douleurs abdominales. Selon un témoignage recueilli par Sputnik auprès d’un habitant du village, les victimes ont aussi souffert de diarrhée et vomissements. C’est l’eau contaminée d’un puits qui en serait la cause. Des prélèvements ont été effectués par les autorités, témoigne la même source.

L’intoxication aux produits phytosanitaires peut en effet survenir de différentes manières. En Côte d’Ivoire, les cas plus fréquents sont ceux impliquant la consommation d’un aliment ou d’une boisson contaminés. Il arrive également que la contamination se produise par contact direct lors de l’épandage de pesticide pour traiter les cultures.

“Seule une analyse toxicologique approfondie permet de savoir qu’on a affaire à une intoxication aux produits phytosanitaires. On prend en charge le patient, puis on investigue une fois l’urgence levée. En cas d’intoxication, il existe une série de signes qui sont regroupés en trois grands syndromes. On a d’abord le syndrome muscarinique qui survient au bout de 15 à 20 minutes et dans lequel l’intoxiqué a notamment des nausées, hyper salivation, douleurs abdominales, diarrhée. On a ensuite le syndrome nicotinique dans lequel des crampes musculaires et une asthénie peuvent se manifester. Et enfin le syndrome central où le coma voire la mort surviennent”, détaille le Dr Marie Paule Séka.

L’usage des pesticides nécessite toujours un certain nombre de précautions qui, si elles sont négligées, peuvent avoir des conséquences potentiellement mortelles.

“Il convient, entre autres, de prendre le temps de bien lire la notice avant utilisation. De ne pas faire l’épandage quand il y a assez de vent (ou de le faire dans la direction contraire au vent), de ne pas le faire à midi quand il fait chaud, de le faire préférentiellement le soir avant de rentrer des travaux champêtres. Mais surtout, après l’épandage, il faut bien se laver les mains et tout le corps. Cette consigne est valable pour les vêtements utilisés”, prévient le médecin.

Les principes actifs des pesticides (en particulier ceux non homologués qui peuvent être contrefaits ou arrivés à expiration) sont connus pour imprégner durablement les plantes, et ainsi passer des champs à l’assiette des consommateurs. Ce qui expose ces derniers à des risques cardiovasculaires, d’infertilité, d’anémie, de cancer, ajoute le médecin ivoirien.

Riz - Sputnik France, 1920, 07.05.2019

Scandale des 18.000 tonnes de riz avarié importé de Birmanie en Côte d’Ivoire

Par ailleurs, les contenants de ces produits restent dangereux même plusieurs années après, ce qui rend toute réutilisation potentiellement mortelle, selon la même source.

Des incidents mortels à la pelle

En Côte d’Ivoire, puissance agricole régionale, on ne compte plus les incidents liés aux pesticides, souvent mortels, enregistrés ces dernières années, et dont les médias se font régulièrement l’écho.

En novembre 2020, une intoxication alimentaire aux pesticides avait causé la mort d’un enfant (laissant ses trois autres frères dans un piteux état) dans le village de Kouaméfla, dans l’ouest du pays.
Fin avril 2019, à Arrah, une commune de l’est de la Côte d’Ivoire, une soixantaine de personnes ont été intoxiquées après avoir consommé du Koutoukou (un spiritueux local) préparé dans un bidon ayant contenu un herbicide. Une intoxication similaire avait déjà eu lieu à Arrah, en 2014, causant la mort d’au moins deux personnes.
En avril 2018, à Nandalla, un village du département de Séguéla, dans le nord-ouest, cinq membres d’une même famille ont succombé après avoir consommé un mets local à base de maïs infecté par des herbicides.

Un problème de santé publique

Selon le ministère de l’Environnement et du Développement durable, ce ne sont pas moins de 4.000 tonnes de pesticides “frauduleux” (contrefaits ou obsolètes) qui accèdent chaque année au territoire ivoirien. Ces produits, souvent bannis en Europe pour leur toxicité, sont pourtant exportés vers les pays africains.

Cela dit, de nombreux pesticides présentés dans le commerce comme étant bio ne le sont pas en réalité.

Il existe une liste officielle des pesticides homologués en Côte d’Ivoire, mais elle demeure étonnamment méconnue de la plupart des agriculteurs et du grand public.
Sur le site de production d’Agrolight dans le nord d’Abidjan - Sputnik France, 1920, 26.09.2019

L’agriculture urbaine biologique à la conquête de la Côte d’Ivoire

En juillet 2020, Alain Tahi, président de la Fédération des associations des consommateurs actifs de Côte d’Ivoire (FACACI) avait, au micro de Sputnik, exprimé son inquiétude sur leur usage répandu, que ce soit dans les plantations de cacao, dont le pays est le premier producteur mondial, comme dans les cultures vivrières.

“Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, les pesticides se vendent et s’achètent à tort et à travers. Tout le monde les utilise, sans véritable contrôle. Nous estimons que les producteurs de pesticides ont une responsabilité sociétale. Ils doivent bien expliquer, avant de les vendre, le mode d’emploi de leur produit dont l’utilisation par mégarde ou ignorance du réceptacle vide reste dangereux”, avait-il déclaré.

Selon le Projet de gestion des pesticides obsolètes en Côte d’Ivoire (PROGEP-CI), la fraude sur les pesticides se chiffre à 12 milliards de francs CFA (18,3 millions d’euros) chaque année avec un manque à gagner d’environ trois milliards de francs CFA (4,5 millions d’euros) pour l’État.

Parfois, les autorités procèdent à la destruction de pesticides obsolètes et déchets associés, comme ce fut le cas le 23 juillet 2020 quand 329 tonnes avaient été incinérées. Mais l’impact de telles actions reste encore limité.





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