6 octobre 2021 à 09h59,
Mis à jour le 6 octobre 2021 à 14h05

Durée de lecture : 4 minutes

Luttes

Paris, reportage

Ils sont venus perturber la fête. Mardi 5 octobre, à l’occasion de la clôture de la Fashion Week (Semaine de la mode) à Paris, des militants écologistes ont infiltré le défilé de la marque de luxe Louis Vuitton. Trois activistes, appartenant aux mouvements Extinction Rebellion, Les Amis de la Terre et Youth for climate, ont fait irruption sur le podium d’une galerie du Louvre, brandissant des banderoles où l’on pouvait lire « Climate is a fashion victim » (« Le climat est une victime de la mode »), « Fashion change, not climate change » (« Changement de mode, pas de climat »), et « Overconsumption = extinction » (« Surconsommation = extinction »).

Les militants ont marché parmi les mannequins, sous l’œil surpris et confus du public, avant d’être brutalement poussés vers la sortie par des agents de sécurité. Deux autres activistes ont été interpellés avant d’atteindre la scène. Ils ont été libérés le 6 octobre, peu après 10 heures du matin.

Quelques minutes plus tard, sur le parvis du Louvre, un autre groupe d’écologistes s’est formé — à l’écart des dizaines de badauds patientant pour apercevoir la sortie du défilé. Ils ont rapidement déroulé un tapis rouge : en musique et sous les fumées noires des fumigènes, portant un masque à gaz, plusieurs militants ont défilé à leur tour.

Leur but : dénoncer les conséquences climatiques de l’industrie de la mode, qui représenterait jusqu’à 8,5 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. « Il faut 10 000 litres d’eau pour produire 1 kilo de coton, ce qui assèche les terres, a rappelé au micro Chalou, porte-parole d’Extinction Rebellion. La mode extrait toujours plus de pétrole pour fabriquer des vêtements en polyester. Elle pollue les cours d’eau et les océans avec des produits chimiques, des pesticides, et des tonnes de microparticules de plastique. »

« Les personnes présentes à la Fashion Week peuvent faire bouger les choses »

Tandis que les forces de l’ordre s’affairaient à tenter de chasser les militants, les prises de parole n’ont pas cessé. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les marques de luxe jouent un rôle dans la surproduction. Elles sont responsables d’une grande pollution, de maltraitance animale et d’exploitation salariale », a poursuivi Maya, porte-parole de Youth for climate. Et d’ajouter, avant de se faire voler son micro par une policière : « Nous faisons face à la sixième extinction de masse de la biodiversité et le groupe LVMH [dont Louis Vuitton est une filiale] ne trouve rien de mieux à faire que d’utiliser encore de la fourrure et de la peau de crocodile ! »

Pourquoi cibler davantage les enseignes de luxe que les marques de « fast fashion » (mode jetable) ? « On dit souvent que les clients de la fast fashion sont des personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter autre chose. Ici, à la Fashion Week, ce sont des gens qui peuvent choisir ce qu’ils achètent, et ils peuvent faire bouger les choses », a ensuite expliqué Maya à Reporterre.

Les activistes, faux mannequins, ont défilé sur un tapis rouge installé sur le parvis du Louvre. © NnoMan/Reporterre

Les activistes ont également dénoncé la proximité entre le président de la République et Bernard Arnault, le président de LVMH. « C’est l’ami du gouvernement Macron, a lancé Alma Dufour, chargée de campagne communication des Amis de la Terre. C’est notamment à cause de Louis Vuitton que le gouvernement ne prend aucune mesure pour encadrer l’impact climatique du secteur du textile. » Lors de l’examen de la loi Climat à l’Assemblée nationale, l’exécutif avait refusé d’interdire les publicités sur les produits textiles les plus polluants.

Les militants dénonçaient les conséquences du secteur textile sur le climat. © NnoMan/Reporterre

L’action extérieure, écourtée par la présence policière, n’a pas attiré beaucoup de spectateurs. Seuls quelques curieux se sont approchés, appareil photo à la main, pour capturer ce moment. « C’est très osé », a commenté Giulia, étudiante italienne en photographie de mode. « Je ne connais pas beaucoup de choses sur l’impact climatique de la mode, a reconnu son amie Cécilia, venue du Canada. Je pense que c’est important de rappeler ces éléments-là, on a tendance à les oublier lorsqu’on est dans un événement pareil, où tout est très beau et semble parfait. » Sur les réseaux sociaux, l’intrusion au sein du défilé Louis Vuitton a suscité beaucoup de réactions positives.

Notre reportage en images :

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