Ariel Beresniak est docteur en médecine, spécialiste en santé publique, docteur en sciences économiques, titulaire d’une habilitation à diriger des recherches, professeur invité à l’Université russe d’économie Plekhanov. Auteur d’Economie de la santé (Elsevier-Masson), du Dictionnaire commenté d’économie de la santé (Masson), de Comprendre la pharmacoéconomie (John Libbey), du Dictionnaire raisonné des termes des entreprises du médicament (Flammarion Médecine Sciences). Issus de spécialités très variées (urologues, urgentistes, réanimateurs, diététiciens, généralistes, immunologistes voire même simples administrateurs comme les directeurs d’hôpitaux…), le plus souvent très éloignées de celle des maladies transmissibles, les médecins télévangélistes sont courtisés par toutes les chaînes d’information car le public s’est habitué à ces personnages en blouse blanche sachant expliquer l’intérêt des mesures gouvernementales coercitives. C’est que l’argument d’autorité, allié à un ton péremptoire devant les caméras, relèvent d’une stratégie de communication extrêmement efficace utilisée couramment par les télévangélistes étasuniens.

Ces successeurs modernes des prédicateurs anglais itinérants méthodistes du XVIIIe siècle fondent leurs stratégies de communication sur la répétition d’un même message élémentaire en utilisant un ton charismatique afin de provoquer une adhésion frénétique collective de l’audience écartant toute velléité d’esprit critique. Comme tous les catéchismes, la parole ne doit souffrir d’aucune critique car chaque question amène une réponse et chaque réponse correspond à une question. Portés par une notoriété soudaine, il apparaît plus facile à ces médecins de plateaux, non compétents en dynamique des épidémies ou en évaluation des interventions de santé publique, d’adhérer et de colporter un dogme ambiant clé en main, plutôt que d’évoquer des informations alternatives pouvant exiger des investigations et des connaissances particulières.

Oscillant entre un ton condescendant et une agressivité paternaliste, ils relaient et martèlent ainsi avec conviction la communication du pouvoir exécutif, fusse-t-elle contradictoire à quelques semaines d’intervalle. Magister dixit, Le Maître a dit. Pour convaincre, ces nouveaux télévangélistes ne disent pas « Dieu à dit que… » mais « La communauté scientifique a dit… » ou « La Science montre que… ».

Qui peut être contre Dieu, la Communauté scientifique ou la Science ? Le mariage de la télévision et de la blouse blanche fait son grand œuvre : la force de conviction du « vu à la télé exploite les principes élémentaires du marketing auprès d’un public naïf. Quelques éclaircissements permettent cependant à chacun de développer son propre esprit critique. En premier lieu, aucun médecin honnête ne se permet de s’autoproclamer représentant de la communauté scientifique, encore moins de la science en général.

La communauté scientifique ne cautionne aucun dogme. Elle est une mosaïque composée d’une multitude de chercheurs confrontant leurs idées et leurs travaux. Selon le célèbre philosophe de la science Karl Popper, une théorie ne peut d’ailleurs être considérée comme scientifique qu’à la condition où elle peut être réfutée. Sinon il ne s’agit pas de science mais d’idéologie. En deuxième lieu, un médecin n’est pas un scientifique. Il est à la fois moins et plus que cela : il est un homme de l’art. Un scientifique est titulaire d’une thèse de sciences, et non d’une thèse de médecine dite « d’exercice ». Un scientifique a publié un minimum d’articles scientifiques sur les sujets dont il est censé être compétent. Bien entendu, certains médecins peuvent aussi être de véritables scientifiques mais ils sont alors titulaires de deux doctorats et poursuivent une activité de recherche. En troisième lieu, un médecin est compétent dans le périmètre de sa spécialité, voire de sa sous-spécialité.

Le public devrait s’interroger face aux discours d’un urologue, d’un réanimateur ou d’un diététicien s’exprimant sur des sujets extérieurs à leurs domaines de compétence comme les épidémies à maladies transmissibles. On ne demande pas à un gynécologue obstétricien une prescription de lunettes de vue, ni à un ophtalmologiste de réaliser un accouchement. La science n’est pas une démocratie et la vérité ne se décrète pas par le plus grand nombre, fussent-ils médecins ou scientifiques. Enfin les questions médicales et les interrogations scientifiques réelles ne se résolvent pas à la majorité ! La science n’est pas une démocratie et la vérité ne se décrète pas par le plus grand nombre, fussent-ils médecins ou scientifiques. Sinon la Terre serait toujours plate et toujours au centre de l’Univers. L’ignorance de ces principes par le public permet aux télévangélistes en blouse blanche de manipuler très facilement leur audience par les techniques bien connues de lavage de cerveau dont l’objectif est d’amenuiser les résistances pour faciliter la persuasion : Isolement social : situation imposée à la population pendant les confinements et couvre-feux, générant une vulnérabilité extrême. Contrôle de l’information et dénigrement de l’esprit critique : répétition de la pensée officielle unique avec avertissement à se méfier des informations alternatives présentées comme complotistes appartenant au camp du « mal » Tromperie : déformation de la réalité par simplification pour accentuer le côté dramatique de l’épidémie et entretenir la peur. Soumission : incitation à se conformer au dogme Identification au groupe, chaque individu abandonne sa propre personnalité pour rejoindre celle du groupe, par exemple des vaccinés. Contrôle du vocabulaire : une véritable novlangue s’est imposée depuis le début de l’épidémie (nombre de « cas », « clusters », on « sauve des vies », « pas de traitements », « la seule solution est la vaccination généralisée », etc.). Distorsion de l’autorité : la seule autorité médicale valable est celle de l’Etat qui concentre tous les pouvoirs, relayés par les télévangélistes en blouse blanche.

Les discours des autres médecins sont pervertis et à éviter. Par ces moyens, la population se sent nécessairement fragilisée physiquement et moralement. Les sujets, se sentant coupables de risquer de contaminer les autres s’ils ne suivent pas strictement les règles imposées, demeurent les cibles idéales d’une persuasion psychologique. Ces mécanismes d’avilissement de la population pendant la pandémie de Covid-19 n’auraient pas pu se mettre en place sans la complicité des principaux médias dits « mainstream » et du pouvoir exécutif qu’ils servent. Si les journalistes de ces médias avaient fait correctement leur métier, ils auraient sélectionné des spécialistes en fonction du périmètre de leurs compétences pour répondre aux questions légitimes de la population, ne serait-ce qu’en consultant la nature de leurs travaux accessibles sur les bases de données scientifiques. Les chaînes d’information auraient ainsi prôné des débats contradictoires d’experts confrontant tous les points de vue médicaux, plutôt que d’interviewer un seul médecin par plateau, lui laissant le champ libre pour déverser ses éléments de langage face à un public suffisamment fragilisé pour être conquis par le discours officiel. Il n’est ainsi pas étonnant que ce public manipulé constitue vite une majorité qui cherche à forcer la minorité dissidente à la rejoindre en servitude. Le principe fondamental de la démocratie n’est-il pas de protéger la minorité contre la tyrannie de la majorité ? C’est bien le rôle de la Constitution censée protéger les droits de tous. Encore faut-il qu’elle soit respectée !

Ariel Beresniak

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/opinions/91312-medecins-plateaux-nouveaux-tele…





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One thought on “les nouveaux télévangélistes — Ariel BERESNIAK”
  1. Et pourtant, je me refuse à croire en la bêtise aussi considérable qu’on prête à nos compatriotes. Nous sommes soit dans l’auto-censure, soit dans l’aporie, mais certainement pas la bêtise quant à ce qui se passe dans notre pays, c’est pas vrai.
    Nous sommes un peuple qui, dans toute la narration du roman national, avons toujours reçu comme instruction qu’il avait à chaque moments cruciaux de son histoire, un grand chef qui se dressait à sa tête.
    Là, on le voit tous, il y a de nombreux profits à tirer de n’être représentés par personne que soi-même lors des manifestations, pire embêtement pour l’oligarchie, on a jamais vu.
    Depuis trois ans que ça dure, chacun a pu tirer de riches enseignements quant à la sociologie des institutions, tous les Français savent pertinemment qu’elles sont faibles comme jamais ces institutions et chacun individuellement a pu mesurer à quel point il était possible pour des idiots diplômés détenteurs soit d’un toupet hors du commun, soit d’un bon carnet d’adresses, de s’insérer dans les corridors du pouvoirs, parce que jamais ces imbéciles réels ne pénètrent ne serait-ce que l’antichambre dudit pouvoir, ce sont des exécutants qui se délectent des tâches auxquelles ils sont affectés sans se poser de questions, ce qui compte à leurs yeux, c’est d’être vus là. Les penseurs et concepteurs sont ailleurs, derrière les rideaux.
    À la télé, c’est la même chose. La télé est un trottoir sur lequel racolent toutes les péripatéticiennes et péripatéticiens du PAF, nous, dans nos foyers, devant nos écrans, sommes leurs michés.
    Or, si nous voulons faire vivre une nouvelle expérience démocratique, il nous faut acquérir collectivement la connaissance des nouveaux processus que nous mettons en place à chaque interprétation de nos mobilisations, puisque nous sommes dans l’inédit, nous ne disposons de rien d’antérieur pour mesurer convenablement l’importance de l’action que nous imprimons dans la conscience oligarchique et, ne comptons pas sur elle pour nous avouer qu’elle est pétée de trouille à chaque fin de semaine. On sait qu’elle ne lésine pas sur les moyens même si y’a que trois pelés à gueuler…
    Il faut regarder ce qui marche et qui donne des résultats, nous avons un collectif considérable et pérenne qui revient toujours renforcé d’une nouvelle expérience chaque samedi qui passe.
    Considérons les choses avec lucidité et sérénité, car non seulement le collectif est d’ampleur mais plus le temps passe et plus il se politise, sans que ses attentes soient élaborées par de géniaux concepteurs formatés des années durant à ne concevoir que de façon monolithique, là, c’est du terrain que proviennent l’esquisses des solutions, les gens vrais parlent de leurs vrais problèmes entre-eux sans intermédiaires et découvrent ensembles de nouvelles voies inexplorées à la résolution de ces problèmes.
    Il n’y a pas de renseignements généraux qui puissent coller aux basque de cette réalité là, c’est un processus de masse trop considérable et volatile pour pouvoir le clamper et, plus les effets de la récession se feront sentir et plus le danger de voir cette masse muer en effets destructeurs devient une réelle préoccupations des autorités.

    Il n’y a vraiment aucun épisode précédent dans l’histoire auquel se référer solidement, parce qu’on a aucun basculement possible soit vers la gauche, le centre ou la droite, ni vers des extrêmes qui se sont évertués toutes ses années à démontrer à l’opinion leur allégeance totale à l’oligarchie. Nous sommes seuls, ensemble! c’est notre plus grande force.

    Donc, peut importe les charlatans qui font le lit de ce qui nous écrase, ils savent qu’à la moindre étincelle, ils seront les premières victimes des colères populaires.
    Il parait que ces machins-là sont d’une violence qu’on ne souhaite à personne, quand on est lucide… mais, le sera-t-on toujours?

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