Le récent débat télévisé entre Jean-Luc Mélenchon (J.L.M) et Éric Zemmour (E.Z) nous a donné l’occasion de toucher du doigt les deux pôles antagonistes caractérisant le coeur des idées qui fracturent la France et opposent ces deux hommes, par ailleurs excellents débatteurs. Ces pôles sont clairement au centre du débat qui détermine la vision de la France pour le futur. Le fait que ces deux hommes promeuvent avec excès leurs idées ne doit pas nous empêcher d’analyser une situation sociale et culturelle dégradée depuis des décennies comme les solutions qu’il faudra bien trouver. À défaut de quoi notre nation se dissoudra ou se fracturera.

Éric Zemmour et le Grand Remplacement

Certes E.Z évite intelligemment d’employer ce concept du grand remplacement expression « épouvantail » qualifiée de théorie complotiste, mais l’essentiel de son analyse est fondée sur l’affirmation selon laquelle la France est colonisée par une population arabo-musulmane qui est la source de tous nos maux. 

L’augmentation massive depuis une trentaine d’années de populations immigrées et faiblement insérées à notre espace culturel est indiscutable. La natalité des populations d’origine arabo-musulmane (le tiers de l’immigration, sans prendre en compte les africains non maghrébins) est largement supérieure à celle de la majorité des Français. Ainsi le département de Seine-Saint-Denis affiche des taux tels que l’on peut dire qu’à très court terme, cette circonscription subira une très profonde transformation de nature à remettre en cause son intégration dans le pays. 

La quasi-totalité des femmes musulmanes de culture ou de religion subissent une domination masculine strictement inverse au mouvement d’émancipation. L’influence de la religion musulmane, illustrée par les politiques pratiquées par les pays musulmans, ne promeuvent pas d’idées démocratiques ni évidemment la liberté des femmes. Faut-il évoquer la rusticité des prescriptions du Coran, prescriptions qui ne sont pas relativisées par les imams dans notre pays ?

Il y a donc un danger certain de l’extension des idées archaïques dans une frange substantielle de notre population.

Pour autant, il n’est pas raisonnable d’en tirer la conclusion d’E.Z selon laquelle il faut procéder à un mouvement brutal des expulsions, à l’arrêt immédiat de l’immigration comme à l’interdiction des prénoms musulmans, toutes décisions irréalistes. 

Au reste, même si E.Z monte pour l’instant en force dans les sondages d’opinion, il n’est pas douteux que dès qu’il se déclarera candidat, il devra dévoiler un programme. Et sur ce terrain, la seule question de l’immigration et de ses conséquences ne saurait suffire à développer les thèmes classiques qui détermineront les électeurs le moment venu.

J.L.M et sa créolisation

La position de J.L.M est strictement inverse à celle d’E.Z. Au-delà du gauchisme foncier du tribun, il faut voir là une fuite en avant qui caractérise, il ne faut pas l’oublier, une tendance majeure dans la gauche française encore aujourd’hui. Soumise aux diktats des intellectuels de son camp, cette gauche est habitée par l’idée qu’il faut absolument accepter la différence, elle dit même « les différences », contre toute idée de la prééminence de nos caractéristiques nationales. La Nation est pour J.L.M et la gauche intellectuelle devenue un concept profondément négatif, source de tous les maux, ainsi la guerre.

De la Nation à la France, il n’y a qu’un pas, largement franchi par J.L.M. Ainsi il affirme que l’immigration est un bienfait pour la France. Certes la France a bénéficié au long de son histoire des mouvements migratoires qui lui ont été indiscutablement profitables. Mais comment peut-on comparer les anciennes immigrations assimilées, comme celles des Italiens et les Espagnols, avec ce fait récent de l’immigrations arabo-musulmane ? Prêt à tout, J.L.M n’a pas hésité a prendre pour exemple celui de la Guadeloupe et la Martinique afin de préconiser la « créolisation » de notre pays. Mais il fait là un faux-sens majeur. Le créole définit à l’origine un homme de race blanche. Anatole France écrira « Les hommes de couleur (…) domineront un jour la race amollie des créoles »… C’est aussi un langue issue d’un mélange profond des groupes ethniques. Mais est-ce une culture à la mesure d’un pays comme la France ? Les nations métissées peuvent conserver un récit national. C’est le cas des États-Unis.

Mais dans l’esprit de J.L.M, la créolisation est un objectif. Il sous-tend l’idée que notre population devra être métissée aux plans ethnique et culturel. Cette position révèle sinon une irresponsabilité manifeste, en tout cas une posture démagogique à but électoral.

Au-delà de la joute qui oppose E.Z à J.L.M, il faut se poser quelques questions dont les réponses doivent conduire à définir la politique de notre pays.

Les racines de la France sont-elles chrétiennes ?

Poser la question, c’est presqu’y répondre. Pourtant, Jacques Chirac s’opposa seul -et avec succès- au projet de préambule de la constitution européenne faisant référence aux racines chrétiennes de l’Europe. Il avait affirmé que « La France est un État laïc. Cela veut dire qu’on doit respecter la laïcité. C’est capital pour la sérénité de notre espace culturel ». Selon lui, on ne pouvait ainsi exclure les populations de confession juive ou musulmane. Or s’il existe un ciment culturel qui caractérise un fondement essentiel de l’Europe, c’est bien la religion chrétienne qui a irrigué son histoire et sa culture. Avec la particularité que la religion chrétienne a, seule, montré sa capacité à finalement accepter de perdre tout pouvoir temporel.

Certains ont vu dans l’attitude de Jacques Chirac une concession aux influences franc-maçonnes, encore que certaines obédiences (Allemagne et Suède) n’accueillent que des chrétiens. Cette influence ne doit pas être négligée. Mais, de la part de Chirac, c’était déjà l’expression du renoncement de l’Europe, et particulièrement de la France, au magister intellectuel sur le monde.

Notre classe politique, à l’exclusion des penseurs de droite, ne reprend pas cette idée de nos racines chrétiennes qui sont pourtant notre commun dénominateur culturel. Car si l’on veut bien admettre que notre pays doit conserver une cohérence culturelle, il faut en défendre les caractéristiques qui sont tout de même constituées par une langue et un mode de pensée. Les idées des Lumières sont issues directement de l’humanisme chrétien. Alors oui, nos racines sont évidemment chrétiennes. C’est précisément cet humanisme qui caractérise l’influence française dans le monde entier.

Il est inutile de préciser que J.L.M évite soigneusement d’aller sur ce terrain sauf à s’affirmer l’héritier des Lumières.

Que nous reste-t-il à défendre ?

Si notre culture n’a rien à voir avec nos racines chrétiennes car elle doit être « métissée », si notre pays n’a plus de frontières, si la Nation française est un concept obsolète, que lui reste-t-il ? L’Europe désunie n’a pas été capable d’exprimer sa puissance économique et politique. Si elle décide d’abandonner le coeur des ses idées pour se fondre dans le mondialisme dominé par les U.S.A, elle n’existera jamais. 

Les grands pays d’aujourd’hui, tels les U.S.A et la Chine, ne défendent pas leur modèle contre des agressions extérieures et des idées mortifères ; elles sont conquérantes. De sorte que les phénomènes E.Z et J.L.M, s’ils expriment un profond mal-être, ne sauraient constituer le socle d’une politique nationale, seul moyen pour la France d’exister encore.



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