La Chine s’engouffre dans une région délaissée par les États-Unis

Des navires américains croisent en mer de Chine. Plus silencieusement, Pékin avance ses pions dans une région que la Maison Blanche considère comme son « arrière-cour » : l’Amérique latine. Après avoir tenté de revenir dans le giron de Washington, les gouvernements conservateurs du sous-continent, élus à partir du milieu des années 2010, découvrent que les États-Unis sont un allié exigeant, et peu généreux.

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Nicolás Romero. — « Naturaleza muerta » (Nature morte), Cancún, Mexique, 2019

© Nicolás Romero

En décembre 2020, la Corporation financière pour le développement (DFC), une agence américaine de financement, débarque en Équateur avec, dans ses valises, un « nouveau modèle » d’accord-cadre destiné aux pays latino-américains. Celui-ci consiste en l’octroi d’un prêt de 3,5 milliards de dollars (2,9 milliards d’euros) pour « aider » Quito à rembourser la « dette prédatrice » contractée auprès de Pékin une douzaine d’années auparavant. En échange, l’Équateur s’engage à intégrer le « réseau propre », un programme inauguré en 2019 par l’ancien président américain Donald Trump qui vise à exclure les entreprises chinoises des contrats d’installation de la 5G dans le monde.

Marché conclu. Le 14 janvier 2021, le président conservateur équatorien Lenín Moreno réaffirme sa loyauté envers la Maison Blanche, quitte à retarder le développement de l’intelligence artificielle, de la robotisation et de l’industrie des objets connectés dans son pays. De leur côté, les États-Unis ne dissimulent pas la nature de leur motivation : « La DFC a été créée pour qu’aucun pays autoritaire n’ait une influence indue sur un autre », explique M. Adam Boehler, directeur de l’agence. Longtemps insensible à l’arrivée de Pékin dans son « arrière-cour », Washington se montre désormais préoccupé : le potentiel déploiement de la 5G par Huawei dans la région semble avoir changé la donne. Paradoxalement, l’« invasion chinoise » de l’Amérique latine que dénoncent les États-Unis résulte directement de leurs propres options géopolitiques dans la région. De sorte que la situation actuelle s’expliquerait moins par la rouerie du dragon que par les coups de bec de l’aigle.

Depuis l’intégration de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en 2002, sa présence a considérablement progressé en Amérique latine. Tout d’abord parce que les États-Unis regardaient ailleurs. Après avoir promis lors de la campagne présidentielle de 2000 de faire oublier l’« indifférence de Washington  » à l’égard de la région, M. George W. Bush (…)

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