1. Campagne de dons Octobre 2021

    Chers amis lecteurs. Nous lançons  une nouvelle campagne de dons pour ce mois d’Octobre et nous comptons sur vous pour nous aider à continuer notre travail de réinformation. Comme vous le savez, les sites alternatifs comme Réseau International se voient de plus en plus interdire l’accès aux plateformes publicitaires. Aussi, votre aide est cruciale pour nous permettre de résister aux pressions de toutes sortes que Big Tech exerce sur nous. Faites un don.

    330,00 € donated

par Pepe Escobar.

Peu de choses ont filtré de la réunion de trois heures entre les dirigeants russe et turc, mais la Syrie, la coopération énergétique et les S-400 étaient tous sur la table.

Tout le monde à la table l’a remarqué, et tout le monde à travers l’Eurasie l’a également remarqué.

Lors du récent sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) à Douchanbé – où l’Iran a été accepté comme membre à part entière et où le principal sujet de discussion était l’Afghanistan – la Turquie était quasiment absente. Comme si elle n’était qu’un acteur mineur et périphérique de l’Eurasie.

Pourtant, la Turquie est un observateur de l’OCS, au même niveau que l’Afghanistan.

Ce n’était pas exactement une entrée en matière triomphale pour ce qui, mercredi à Sotchi, était la première rencontre en face à face entre les présidents Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine depuis leur rencontre en mars 2020 au Kremlin.

Ils ont discuté pendant un peu moins de trois heures. Aucune déclaration à la presse. Pas de fuites substantielles, à l’exception d’une discussion informelle sur Covid relayée par le pool du Kremlin.

Erdogan : « Quel est votre taux d’anticorps ? »

Poutine : « 15-16 ».

Erdogan : « C’est trop bas ».

Poutine : « Nos calculs sont différents. Vous devriez recevoir Sputnik V pour renforcer votre immunité ».

Erdogan : « J’ai reçu ma troisième injection ».

Au moins, ils semblent être bien protégés. Un autre échange – apocryphe – aurait pu se dérouler comme suit :

Erdogan : « J’ai besoin de plus de S-400. »

Poutine : « Maintenant, à propos de ces rebelles modérés que vous armez à Idlib… ».

Après tout, c’étaient les deux questions au centre de la discussion :

  • Le zigzag notoire d’Erdogan entre l’OTAN et un engagement total dans ce que la Russie définit comme le Grand partenariat eurasien, et…
  • Ce qu’il pourrait faire exactement en Syrie.
Tout sur Idlib

Lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies, Erdogan a déclaré que la Crimée faisait partie de l’Ukraine, une « annexion que nous ne reconnaissons pas ». Bien plus que d’exprimer son désir de rétablir un protectorat que les Ottomans ont conservé jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, Erdogan a plutôt repris un argumentaire de l’OTAN.

Erdogan et Poutine ont également dû aborder la coopération militaro-technique d’Ankara avec Kiev, notamment la question ultra-sensible des drones susceptibles d’être utilisés contre les Républiques populaires du Donbass.

Avant la réunion de Sotchi, Erdogan avait déjà fait part aux médias américains de sa frustration en tant qu’allié de l’OTAN, allant jusqu’à ressembler à l’une des Unités de Mobilisation populaire (chiites) en Irak. S’il avait le choix, il voudrait que les États-Unis « se retirent de la Syrie et de l’Irak, de la même manière qu’ils se sont retirés d’Afghanistan ».

À Sotchi, le Kremlin a joué la carte du calme, le discours officiel soulignant que Poutine a mis en avant la « coopération fructueuse » entre Moscou et Ankara en Syrie et en Libye.

D’autres plaisanteries ont suivi, Poutine remerciant Erdogan pour sa « position cohérente » sur la construction du gazoduc TurkStream, dont Ankara a grandement besoin. Comparez cette cohérence à celle de l’UE qui s’est poignardée dans le dos en n’acceptant pas de contrats à long terme à prix fixe avec Gazprom lorsqu’elle en avait l’occasion.

Erdogan, quant à lui, s’extasiait devant la construction par Rosatom de la première centrale nucléaire de Turquie, à Akkuyu, sur la côte sud, qui sera opérationnelle en 2022.

Mais le cœur du sujet devait être Idlib.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, est allé droit au but concernant l’arrangement spécial turco-russe imposant à Ankara de combattre les formations terroristes à Idlib :

« La question de la mise en œuvre de cette obligation sera examinée en détail. Il est clair qu’elle est mise en œuvre lentement ».

Tu parles d’un euphémisme tonitruant définissant une différence pratiquement irréconciliable. Les Russes savent tout sur le fait qu’Idlib est infesté de djihadistes, tandis qu’Ankara ne s’inquiète que du fait que le président syrien Assad et l’Armée arabe syrienne (AAS), une fois rebaptisés, lancent l’offensive définitive sur Idlib avec un soutien aérien russe massif.

Le jour arrive, à grands pas, où l’AAS ira jusqu’au bout pour reprendre toute la province.

L’armée turque, pour sa part, maintient plus de 60 « postes d’observation » à Idlib.

Un goulot d’étranglement clé à surveiller est Al-Zalwiya, dans la campagne du sud d’Idlib. Il s’agit d’une plaque tournante majeure pour Hay’at Tahrir al-Sham (HTS) – ces « rebelles modérés » si chers au Beltway – et une cible des frappes aériennes russes quasi quotidiennes qui font rage dans le Grand Idlib.

Poutine aura certainement interrogé Erdogan sur les violations incessantes du cessez-le-feu par la nébuleuse d’Al-Qaïda. Jusqu’à récemment, les forces militaires turques à Idlib étaient essentiellement confinées dans ces « postes d’observation » – des checkpoints – et infiltrées parmi l’armée turque de facto par procuration, notoirement appelée, pendant des années, « Armée syrienne libre ».

Mais maintenant, il y a des troupes turques régulières sur le terrain – 3000 environ. Les Russes affirment que cela équivaut officiellement à l’occupation du territoire syrien souverain.

Lavrov n’a cessé d’être catégorique depuis des mois. Juste après l’AGNU, il a déclaré que le Grand Idlib était le dernier « avant-poste terroriste » en Syrie – et c’est techniquement exact.

Il n’est pas irréaliste d’imaginer Erdogan face à Poutine à Sotchi, tentant désespérément de défendre sa version du cessez-le-feu et suppliant les Russes de ne pas réduire en miettes les quelque 3000 soldats turcs présents à Idlib.

Chaque grain de sable dans la campagne d’Idlib sait qu’Ankara fait moins que zéro pour respecter le cessez-le-feu, puisque le gang des « rebelles modérés » est de facto protégé par l’armée turque.

Donc Sotchi, au final, n’a rien résolu. Mais au moins, Poutine a pu avoir un aperçu de ce que prépare le Sultan.

Pepe Escobar


source : https://asiatimes.com

traduit par Réseau International



-source-

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *