Barrer la route aux migrants et aux groupes armés

Construire des murs ou des clôtures pour protéger un territoire ou garder des frontières est une pratique courante à travers le monde. Elle s’étend désormais au continent africain pour entraver les flux migratoires. En toute discrétion, du Maroc au Niger en passant par l’Algérie, les autorités érigent des parois de sable, lourdement gardées par des policiers et des militaires, et surveillées par des caméras.

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Les clichés qui accompagnent cet article sont d’Evan Schneider. Il s’agit de vues aériennes prises en 2016 du mur de sable qui traverse le sud-est du Maroc et le Sahara occidental.

© Evan Schneider – UN Photo – SIPA

Parti de sa Guinée natale avec un voisin sans savoir où il allait, Youssouf a traversé le Mali en guerre, franchi les frontières algériennes, marché dans le sable brûlant du désert libyen et affronté le tumulte de la mer Méditerranée avant de poser le pied sur le continent européen, au bout d’un périple de plus de neuf mois. L’adolescent de 16 ans a échappé aux mines artisanales sur la route reliant la ville de Gao (Mali) à la frontière avec l’Algérie, aux policiers algériens à la redoutable réputation et aux milices libyennes qui rançonnent leurs proies à Tripoli. Il a dû se cacher, baisser les yeux, contourner les points de contrôle. Mais ce qui semble l’avoir le plus stupéfait, c’est ce mur de sable qui les a contraints, lui et ses compagnons de voyage, à marcher durant trois jours et trois nuits dans le désert pour franchir la frontière entre l’Algérie et la Libye. « C’était très impressionnant, se remémore-t-il depuis la petite ville du sud de la France où il est désormais scolarisé. Tout à coup, on s’est retrouvés face à une immense barrière de sable impossible à franchir avec une voiture. Notre passeur nous a déposés en nous disant de marcher jusqu’à ce qu’on arrive au mur. Une fois escaladé, on était en Libye. »

Ce mur de sable, tous les migrants venus d’Afrique subsaharienne l’ont vu lorsqu’ils ont franchi la frontière de l’Algérie. Les commerçants et les trafiquants sahariens ont appris à le contourner. Les habitants des villes situées aux confins du pays ont été contraints de s’y adapter. Mais rares sont les Algériens qui savent que la quasi-totalité de leur territoire saharien est aujourd’hui ceinturée par un immense cordon dunaire artificiel pouvant atteindre deux à cinq mètres de hauteur. « À Alger, personne ou presque ne parle de cet emmurement », souligne le chercheur en géopolitique Raouf Farrah, qui a mené des enquêtes dans le Sud algérien.

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Construire un mur ou une clôture pour protéger sa frontière est (…)

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