Un mariage conclu dans l’indifférence

Le démarrage de la campagne présidentielle française a été dominé par la médiatisation frénétique du journaliste antimusulman Éric Zemmour et par l’activisme idéologique du milliardaire ultraconservateur Vincent Bolloré. Au point qu’une nouvelle aussi essentielle que l’annonce d’une fusion entre les deux principales chaînes de télévision privées, TF1 et M6, est passée presque inaperçue.

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Nam June Paik. — « TV is Kitsch » (La télé est kitsch), 1996

Photographie © Christie’s Images – Bridgeman Images

S’il fallait chercher une illustration de l’effritement des combats culturels de la gauche, de la normalisation capitaliste des médias et du prudent endormissement des éditorialistes face aux grandes évolutions qui les concernent, une place de choix devrait être réservée à la fusion annoncée en mai entre TF1 et M6. Pour qui se souvient des débats passionnés qu’avaient engendrés la privatisation de la première chaîne publique, en 1986, ou le rachat de Canal Plus par la Compagnie générale des eaux, dix ans plus tard, l’atonie générale dans laquelle sont accueillies ces fiançailles en dit long sur la cécité des acteurs du débat public qui regardent le monde à travers l’écho de leur compte Twitter ou Facebook.

Dénoncées au siècle dernier par les élites culturelles tantôt comme le signe d’une bétonisation des idées tantôt comme l’acte de décès d’une exception culturelle, les arrivées de TF1 puis de Canal Plus entre les mains respectives des groupes Bouygues et Vivendi avaient suscité leur lot de tribunes enfiévrées, de « unes » interrogatives et de plateaux animés. Là, rien. Ou presque. Le groupe contrôlé par Bouygues va élargir son offre de vente de « temps de cerveau disponible », comme le disait son ancien président-directeur général (PDG) Patrick Le Lay, et tout le monde regarde ailleurs. Avant même d’auditionner les acteurs en présence, M. Roch-Olivier Maistre, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), ne laisse aucun mystère sur l’issue de l’examen collégial — qui devrait intervenir début 2022 : il est selon lui « naturel, en tout cas compréhensible » que certains acteurs de l’audiovisuel français se « mettent en ordre de marche » pour « développer leur capacité d’investissement et préserver une forme de souveraineté culturelle », déclare-t-il le 7 septembre. « C’est dans un esprit d’ouverture et de compréhension que le régulateur aborde ces opérations de rapprochement. » M. Gilles Pélisson, PDG de TF1, apprécie aussitôt : « J’ai senti une forme d’enthousiasme, de (…)

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