Ancrage local ou stratégie globale

Des groupes terroristes comme Al-Qaida et l’Organisation de l’État islamique (OEI) ont salué l’action des milices armées au Sahel et la victoire des talibans en Afghanistan. Mais, loin de s’expliquer par une guerre sainte planétaire, ces conflits obéissent à une logique propre, territorialisée. Un recours exclusif à la force n’en viendra donc pas à bout.

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Amadou Sanogo. — « Il est difficile de se battre contre soi-même », 2019

© Florian Kleinefenn, Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris

Tout événement lié au monde musulman se mesure désormais à l’aune de la notion de « terrorisme ». Après la chute de Kaboul en août 2021, les médias et nombre d’observateurs occidentaux n’ont eu de cesse de se demander si le retour des talibans au pouvoir allait entraîner un regain d’attentats islamistes dans le monde. Mais ils ne s’interrogent guère sur deux autres points : pourquoi les talibans ont-ils pu s’emparer de la capitale afghane sans pratiquement tirer un coup de feu ? Ont-ils jamais été directement impliqués dans un acte violent en dehors de l’Afghanistan ? Certes ils ont donné asile à Oussama Ben Laden entre 1996 et 2001, et ils en ont payé le prix en étant chassés du pouvoir au terme d’une guerre de quelques semaines. Mais ils n’ont jamais été accusés par les Américains d’avoir eu vent de la préparation des attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington.

Cette focalisation sur la violence armée empêche de comprendre les phénomènes de radicalisation et de passage à l’acte. Elle suppose en effet une continuité entre radicalisation religieuse, proclamation du djihad et terrorisme international, comme si l’on passait forcément du premier stade au troisième et comme si, inversement, le terrorisme international créait du djihadisme local. Ce raisonnement amène à lire toute référence à la charia et tout appel à la guerre sainte comme le prodrome d’attaques à l’échelle mondiale.

Dans cette approche, la politique occidentale vis-à-vis des mouvements islamistes se détermine par le seul critère de leur proximité supposée avec le terrorisme. Or cette proximité est définie par une « grille d’intensité » des référents religieux autant — sinon plus — que par la pratique réelle du recours à la violence : en gros, plus ils parlent de charia, plus ils contestent la politique des grandes puissances, plus les groupes islamistes constituent une menace terroriste. D’où le principe de la guerre préventive : on les attaque avant qu’ils ne passent à l’action.

Or une analyse plus poussée des mouvements (…)

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