24 septembre 2021 à 16h12,

Durée de lecture : 6 minutes

Politique

Il est présenté comme le candidat « crédible », « rationnel », « cérébral ». Elle serait le visage d’une « écologie d’influence », de l’« idéologie woke » (« éveillée ») [1] et d’un « féminisme radical » qui lui permettrait de « peser dans les débats ». Dans la course à la primaire écologiste, les deux candidats qualifiés au second tour, Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, ne semblent pas bénéficier d’un traitement médiatique égalitaire. Entre polémiques et cyberharcèlement massif, l’économiste est devenue la cible des éditorialistes et des internautes d’extrême droite. « Si on regarde la couverture presse que j’ai reçue depuis le début, on ne peut pas dire qu’elle m’ait vraiment favorisée », résume en souriant l’économiste. Parce qu’elle aborde de front la question des dominations sur les femmes et les personnes racisées, elle est couramment présentée comme « trop radicale » et « irrationnelle ». Ne faut-il pas voir ici le marqueur de représentations sexistes visant à décrédibiliser la candidate ?

« Hormis des remarques évidentes sur la tenue, la voix ou la compétence des femmes politiques, il est parfois difficile de démêler ce qui relève uniquement du sexisme, observe Lénaïg Bredoux, journaliste responsable éditoriale aux questions de genre de Mediapart. Les critiques sur la radicalité de ses propos valent aussi pour d’autres responsables politiques. Globalement, les discours de gauche assumés sont souvent présentés comme “radicaux”, au sens de “trop radicaux” par une grande partie de la presse. » En 2016, la journaliste publiait une enquête sur des accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles visant le député écologiste Denis Baupin. Aux côtés de sept autres femmes, Sandrine Rousseau y témoignait. « Une de ses craintes — comme celles des autres femmes politiques interrogées— était d’être réduite à un statut de “victime” et de ne plus pouvoir faire de politique », se souvient-elle.

Pour autant, Sandrine Rousseau « subit du sexisme dans la couverture médiatique », assure Lénaïg Bredoux, citant les remarques couramment reçues par les femmes politiques sur leur tenue, ou le fait de les désigner uniquement par leur prénom. « Elle en subit d’autant plus qu’elle porte des sujets qui suscitent de très vives résistances : #MeToo, le féminisme, assumer une sensibilité aux discriminations, etc. »

Une diabolisation « extrêmement dangereuse »

Suivis par des dizaines de milliers de personnes, des comptes Twitter parodiques n’hésitent pas à l’humilier, plusieurs fois par jour, à coups de montages photos la faisant passer pour une écervelée. Quand ce ne sont pas les réseaux sociaux, ce sont les plateaux de télé et les couvertures de journaux. « Vous êtes le pendant exact d’Éric Zemmour », lançait le 14 septembre, sur le plateau de BFMTV, la journaliste Natacha Polony à Alice Coffin, conseillère écologiste de Paris et membre de l’équipe de Sandrine Rousseau à propos de l’intransigeance de cette dernière sur les discriminations femmes-hommes. Les jours suivants, L’Express, L’Opinion ou encore l’émission C dans l’air (France 5) accolaient sa photo à celle du polémiste d’extrême droite. « Rousseau-Zemmour : le camp de la déraison », titrait L’Express, dressant un miroir entre leurs idées au motif que leur point commun serait la radicalité de leurs idées, que tout oppose.

Interrogée par Franceinfo le 21 septembre sur ce parallèle, Sandrine Rousseau rappelle simplement qu’« Éric Zemmour a été condamné pour des propos haineux qui tombent sous le coup de la loi, il est accusé d’agressions sexuelles. Ce qu’il dit c’est du racisme, de la misogynie et du sexisme ». L’ex-chroniqueur de CNews — pas encore officiellement candidat à l’élection présidentielle — a, en effet, été condamné en 2011 pour provocation à la discrimination raciale, ainsi qu’en 2018 pour provocation à la haine religieuse. D’autres affaires sont toujours en cours. En avril dernier, Mediapart publiait une série d’enquêtes dans laquelle sept femmes l’accusent de faits pouvant être qualifiés d’agressions sexuelles.

Vanessa Jérome, politiste et autrice de Militer chez les Verts (éd. Presses de Sciences Po, 2021) souligne une diabolisation de la candidate écologiste « extrêmement dangereuse ». « Le fait que Sandrine Rousseau, une femme qui s’inscrit dans l’alliance de luttes et du mouvement #MeToo, soit comparée à Éric Zemmour est d’une violence inouïe, dit-elle à Reporterre. C’est le signe qu’en France, certains journalistes manquent d’une profondeur historique. Ne plus être capable de penser ce qui se passe dans une société est le signe que celle-ci a été privée d’une qualité d’analyse fournie par les sciences sociales. »

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