La défaite militaire, en fait une retraite en rase campagne, attendait inévitablement la coalition menée par les États-Unis. L’invasion de l’Afghanistan était dès l’origine une opération à la légitimité douteuse. Les objectifs militaires et politiques étaient irréalistes. La méthode adoptée, des moyens militaires considérables, était inadaptée à la situation. Enfin jamais les États-Unis n’ont été capables de concevoir une politique adaptée à la situation politique et au terrain. La honteuse débandade du mois août 2021, aussi dramatique que lors de la chute de Saïgon en avril 1975, était pourtant inscrite dans l’Histoire.

Des buts de guerre illégitimes

G.W Bush a décidé de l’intervention en Afghanistan parce qu’il voulait la peau d’Oussama Ben Laden, responsable des attentats du 11 septembre 2001. On peut comprendre aisément qu’un tel motif est puéril. On n’envahit pas un pays pour faire prisonnier ou tuer un homme, ou même circonvenir un groupe terroriste. C’est ainsi que les autorités américaines ont ensuite justifié l’intervention parce que le pays comportait un noyau de terrorisme islamique.

On sait qu’en réalité le développement de foyers terroristes en Afghanistan est essentiellement lié au Pakistan, qui, on l’a vu, hébergeait Oussama Ben Laden au moment de son exécution pure et simple par un commando armé américain en 2011. Personne ne croira que les autorités du pays ignoraient sa présence. Le Pakistan, au régime où les services de renseignements sont très efficaces, est en effet gangréné par l’islamisme, et surtout a longtemps apporté son aide aux talibans, même après les attentats du 11 septembre 2001. Et de fait, il exporte ses terroristes en direction de son voisin afghan. Sans bénéfice puisqu’il fait face aujourd’hui à des actions terroristes dans le nord-est de son territoire. Il aurait été bien plus profitable pour les américains d’exercer des pressions efficaces sur le Pakistan.

Les américains ont mis dix années pour localiser Oussama Ben Laden. Cela signifie qu’ils ont longuement négligé un aspect essentiel dans l’action militaire en territoire hostile, le renseignement. Nul doute que si on avait mis l’immense réseau de renseignement américain en œuvre, ainsi que des éléments infiltrés, l’objectif aurait été atteint plus tôt, et ce avec un coût humain et matériel bien inférieur. Mais les États-Unis ne connaissent pas autre chose que la frappe militaire pour trancher une situation qui leur échappe…

La manière forte

Les USA n’ont apparemment pas douté qu’un petit pays comme l’Afghanistan pourrait être circonvenu par une puissance militaire moderne et puissante. La méthode américaine a consisté à s’emparer des principales villes du pays, et de mener, à partir de camps retranchés, des opérations ponctuelles afin de réduire les foyers considérés comme terroristes.

Or l’on sait depuis longtemps que les guerres asymétriques ne peuvent se gagner avec des frappes militaires massives. Il faut prendre d’abord la mesure des difficultés. Il existe très peu d’exemple de victoire dans un conflit asymétrique. Le plus connu est celui de la guerre d’Algérie. On peut également citer celui de la longue guerre des frontières menée par l’Afrique du Sud et les forces armées namibiennes contre la SWAPO largement aidées par l’armée cubaine. Si l’objectif inavoué était la chute du régime angolais, il reste que la SWAPO n’occupa jamais un kilomètre carré de la Namibie.

L’armée française, certes parfois avec des méthodes contestables au plan des droits humains, a réussi en Algérie à d’abord gagner la guerre du bled. Renseignement d’abord, puis troupes légères et mobiles (c’est le premier exemple d’interventions aéroportées avec des hélicoptères), ont été utilisés pour battre sur leur terrain des troupes intimement insérées dans la population. Les supplétifs comme les harkis étaient absolument essentiels, car ils montraient aux populations qu’il était possible d’échapper à la férule du FLN.

Puis l’armée a réussi, là encore d’abord par le renseignement, à éradiquer ses adversaires lors de la bataille d’Alger. Lorsque le général De Gaulle entamait les négociations de paix, le conflit armé était résolu, les chefs politiques et militaires étaient emprisonnés ou en exil, ne subsistaient que des attentats terroristes urbains, signe de faiblesse. Dans les académies militaires américaines, on enseigne pourtant les très bons résultats de l’armée française dans ce type de conflit.

Une impossible sortie acceptable du conflit

Très vite, on a compris que cette guerre d’Afghanistan ne pouvait être gagnée.  Deux mois après la mort d’Oussama Ben Laden, Barack Obama annonçait le retrait de troupes américaines, soit plus de 30 000 soldats. Par conséquent, dès juin 2011, le retrait des troupes de la coalition était engagé. Autrement dit, il était écrit que la coalition se retirerait à moyen terme, et que les objectifs subsistants, au premier chef l’instauration de la paix civile dans le pays, étaient abandonnés.

Il n’en fallait pas plus pour que tous ceux qui souhaitaient le départ de la coalition s’y préparent. Les opposants armés, bien entendu, mais aussi les Afghans qui n’avaient en réalité jamais compris pourquoi ils avaient été envahis.

Cela fait des années que nous voyons des reportages sur ce courageux militaires français se faisant tirer comme des lapins lors de leurs interventions. Est-il si difficile de comprendre que des militaires alourdis de leur seul barda individuel de près de 35 kilos n’ont aucune chance de se mouvoir sans la proximité immédiate des moyens motorisées ? Autrement dit, le soldat occidental n’a aucune autonomie réelle dans un contexte où la mobilité est essentielle face à un ennemi fugace.

De funestes conséquences pour la France

Qu’avions-nous gagné à participer à cette intervention militaire ?

La mission officielle des forces françaises en Afghanistan est de « sécuriser les zones placées sous sa responsabilité afin de permettre à l’État afghan de se reconstruire, de permettre des opérations de développement et de permettre un déploiement des services de l’État afghan », et, en second lieu, « permettre une montée en puissance de larmée nationale afghane » en lentraînant. C’est ce que nous apprend Wikipedia des buts ultimes de nos forces armées dans le pays. 

Comment avons-nous pu nous fourvoyer dans une telle opération, si ce n’est à cause de notre servilité à l’égard des États-Unis ? Qui a pu croire sérieusement que nous pouvions favoriser la reconstruction d’un État inexistant depuis la disparition de la monarchie afghane et les multiples conflits qui ravagent le pays ?

Le comble de notre faiblesse est certainement concrétisé par les lamentations de nos hommes politiques incapables de tirer les enseignements de cette défaite, et soucieux maintenant de ses répercussions sur une possible nouvelle vague d’immigration. 



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