Singapour, Malaisie, Indonésie

L’accord facilitant les relations d’affaires entre Singapour, la Malaisie et l’Indonésie fait figure de modèle réduit du monde globalisé. Les discours officiels sur la complémentarité entre les trois pays justifient l’exploitation sans vergogne de leurs différences de développement.

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Johor Bahru, Malaisie

Les photographies qui accompagnent ce reportage sont de Philippe Revelli. Elles ont été réalisées à Singapour, à Johor Bahru et dans l’île de Batam en septembre et octobre 2015. Elles font partie d’un travail en dix-neuf épisodes intitulé « Cabotage » (http://philipperevelli.com/asie)

Quartier de Bandar, au débouché du pont de seulement un kilomètre qui relie l’île principale de Singapour à la ville de Johor Bahru, en Malaisie. Le vendredi soir, les terrasses des cafés de la rue Meldrum font le plein. Beaucoup de clients sont des Singapouriens en goguette. Les patrons des hôtels, bars et restaurants sont malaisiens, une bonne partie de leurs employés indonésiens, parfois en situation irrégulière. Faut-il y voir une illustration de la division du travail qui s’opère sous couvert de coopération économique entre ces trois pays ?

Apparue à la fin des années 1980, la notion de « triangle de croissance » prend forme le 17 décembre 1994, quand Singapour, la Malaisie et l’Indonésie signent un protocole d’accord fondant l’Indonesia-Malaysia-Singapore Growth Triangle (IMS-GT). Singapour, le sud de l’État de Johor en Malaisie et l’archipel de Riau en Indonésie représentent chacun un sommet de ce triangle (voir la carte « Singapour en pointe »). Ce texte n’est pas un traité comportant des clauses précises ni un programme de développement avec un calendrier déterminé ; il se contente de renforcer un processus en cours. Il s’agit avant tout de « promouvoir et faciliter les relations d’affaires transfrontalières », indique dans son discours inaugural M. Lee Hsien Loong, qui deviendra en 2004 premier ministre de Singapour. Présentée comme un exemple de développement régional dans un monde globalisé où les frontières deviennent obsolètes, l’initiative prétend valoriser les complémentarités des partenaires en termes de capital, de terres et de main-d’œuvre.

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Johor Bahru, Malaisie

Philippe Revelli

Le projet a germé dans les officines du Conseil de développement économique de Singapour. Entre 1987 et 1994, la cité-État a enregistré une croissance annuelle à deux chiffres. Sur son minuscule territoire, les entreprises se sentent à l’étroit, et, avec un chômage quasiment nul, la forte demande de travailleurs pousse les salaires à la hausse. Un « schéma des complémentarités » apparaît alors en mesure de pallier (…)

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Philippe Revelli

Journaliste et photographe. Auteur de Je disais que je resterais pas. Mémoire d’immigrés, Alternatives, Paris, 2009.



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