C’est une victoire arrachée par les défenseurs des jardins ouvriers d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Lundi 20 septembre, la cour administrative d’appel de Paris a suspendu le permis de construire du projet de piscine olympique sur ces espaces naturels. « L’exécution de la présente ordonnance, qui suspend le permis de construire litigieux, implique nécessairement, comme le soutiennent à bon droit les requérants, qu’il soit immédiatement mis fin aux travaux déjà entrepris », détaille l’arrêt de la cour, consulté par l’AFP. Il pointe plusieurs vices de légalité, notamment envers le Code de l’urbanisme.

« Nous sommes très heureux. C’est une première, mais une bonne victoire », s’est réjoui Ivan Fouquet, architecte très impliqué dans la lutte, joint au téléphone par Reporterre. Les opposants avaient déposé la requête en référé le 30 août dernier, pour demander la suspension du permis de construire délivré le 21 juillet. Ils considéraient la procédure de délivrance du permis de construire illégale et l’impact du projet sur « la biodiversité » ou « les ressources naturelles du sol » sous-estimé.

Pour les opposants, le problème n’est pas tant la piscine : la ville d’Aubervilliers n’en compte qu’une pour près de 90 000 habitants et celle-ci doit être bâtie sur un parking attenant aux jardins. C’est le solarium, dont la construction amputera les jardins de 4 000 m² — soit dix-neuf parcelles de jardins et potagers — qui cristallise les débats. Le montant du projet porté par Grand Paris Aménagement, 33 millions d’euros dont un tiers financé par la société chargée de livrer les ouvrages pour les Jeux olympiques (JO) de 2024, la Solideo, a également fait tiquer le juge lors de l’audience du 15 septembre.

« Réclamer la remise à plat du projet »

Reste à savoir si cette décision pourra sauver ce qui peut encore l’être. Le 2 septembre, les pelleteuses étaient déjà entrées en action après l’expulsion des opposants. Lundi 20 septembre, c’était une tractopelle qui avait entrepris de creuser un énorme trou, raconte à Reporterre Dolorès Mijatovic, membre du collectif de défense des jardins. L’opposante, qui dormait sur place dans un campement, a été réveillée par le bruit des machines et l’arrivée d’une « énorme canalisation rouge ». Elle est bien allée voir l’ouvrier pour lui signaler que le chantier était suspendu et le vigile à l’entrée du chantier pour demander à rencontrer le maître d’ouvrage, rien n’y a fait.

« Nous avons été violemment repoussés par le vigile qui a appelé la police. Sept policiers sont arrivés avec une gazeuse aux alentours de midi, raconte-t-elle. Ils ont contrôlé nos identités, nous leur avons montré la décision du juge, ils se sont contentés de nous dire que nous ne nous adressions pas aux bonnes personnes et sont repartis. »

Démolition par une pelleteuse des jardins à défendre d’Aubervilliers, le 2 septembre 2021. © NnoMan Cadoret/Reporterre

De son côté, le député de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud (La France insoumise, LFI), a appelé la sous-préfète pour demander à son tour l’arrêt des travaux. « Mais à 15 h 30, les ouvriers continuaient à creuser et à remplacer la couche humifère par du sable, se désole Mme Mijatovic. De ce que nous avons compris, seul Grand Paris Aménagement peut leur donner l’ordre d’arrêter. » Plusieurs opposants avaient prévu de se rendre à la mairie d’Aubervilliers lundi en fin d’après-midi pour réclamer l’arrêt du chantier.

Un rassemblement est en outre prévu ce lundi à 19 heures devant l’Hôtel de Ville de Paris — Anne Hidalgo étant la présidente de la Solidéo, qui finance en partie la piscine — « pour saluer cette première victoire et maintenir la pression », indique Ivan Fouquet. « Il va probablement y avoir une décision sur le fond dans le mois à venir et nous ne savons pas encore s’il va y avoir un appel », précise-t-il.

Mais l’opposant reste optimiste : « Cette décision risque de repousser un peu plus le début des travaux. Le chantier a déjà neuf mois de retard, ce qui est pénalisant puisque la piscine est censée être livrée à temps pour les JO 2024. Pour nous, c’est l’occasion de réclamer la remise à plat du projet : tant pis s’il n’est pas fini pour les Jeux, tant que les habitants d’Aubervilliers ont leur piscine et que les jardins sont préservés. » En tout cas, la mobilisation n’est pas près de s’éteindre. Samedi 18 septembre, 500 personnes ont manifesté à Aubervilliers pour défendre les jardins.

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