LA GESTE DU DONBASS

Depuis 7 années les volontaires du Donbass tiennent une ligne de front meurtrière soumise à une guerre d’attrition ukrainienne cherchant à saigner les corps et les esprits.

Depuis 7 années la brigade internationale Piatnashka, que j’ai l’honneur de servir, défend la cité libre et rebelle de Donetsk et depuis des positions ressemblant aujourd’hui aux récifs de l’île monde sur lesquels se brisent les vagues brunes d’une thalassocratie occidentale enragée.

Sur le front au Nord de la cité minière, dans les ruines de la zone industrielle de « Promka »(front de Yasinovataya), les « ukrops » sont arrivés à une centaine de mètres seulement de nos avants postes, mais sans jamais pouvoir les conquérir malgré leurs continuelles pressions offensives, imposant aux défenseurs républicains une attention physique et une tension psychologique dont l’intensité pesante est ici difficile à décrire.

Chaque semaine les volontaires reviennent de cette première ligne soumise un feu quotidien, les visages rongés par la barbe et la fatigue, les treillis maculés d’une glèbe labourée par l’acier des obus et des pelles…
…mais au milieu de leurs ombres harassées, les regards des volontaires brillent toujours de cette flamme intacte qui fait du soldat cet alchimiste révélant aux Hommes, dans le creuset de leurs souffrances la noblesse de leur destinée et du rêve républicain une réalité.

« La guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l’amour du prochain. » Rappelait
Nietzsche, dans « Ainsi parlait Zarathoustra », c’est une observation qui,loin des utopies humaines ne doit pas nous désespèrer, mais au contraire nous aider à tenir le cap de nos espérances, vent debout dans les tempêtes de nos folies.

Hier soir avec Victoire Chevreul, nous évoquions avec émotion ces visages disparus dans la tourmente du Donbass, regards à jamais gravés dans nos mémoires de personnalités tel que Katia Katina, Alexandre Zakharchenko, Oleg Mamaïev et tant d’autres anonymes et inconnus sans souffle portés dans l’ombre d’une tranchée ou apercus encore vivants dans les larmes d’une mère.

Depuis 6 ans passés dans ce Donbass martyrisé mais toujours debout, sa terre, sa population, ses volontaires, leurs souffrances et leurs rires leurs héroïsme et leurs humilités ont fusionné dans un rapport charnel quasi mythique à cette Liberté rebelle et cette idée d’Empire qui offre à ses identités multiples une communauté de destin sacrée.

Et du sang d’une interminable hémorragie que les assassins veulent cacher, les hommes et les femmes du Donbass inscrivent dans la steppe matricielle de la civilisation européenne une nouvelle page d’une geste héroïque qui nous rappelle, depuis les sagesses antiques, ce que nous devons devenir.

Erwan Castel

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