“Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde”. Albert Camus, souvent approximativement cité – un comble ! – commentant ainsi les travaux sur le langage du philosophe Brice Parain, expliquait peu après que pour ce dernier, “la grande tâche de l’homme est de ne pas servir le mensonge”. Auteur du “Hold-up des mots“, aux éditions de l’Archipel, Geoffroy de Vries a semblé considérer que le défi reste entier, et a relevé “le Défi de la vérité” en venant nous présenter son livre.

Alors que “le passe sanitaire, c’est la liberté”, que le mot “femme” vient d’être remplacé dans le projet d’Europe Écologie-les Verts par “personne en capacité de porter un enfant”, que le débat public semble hystérisé au moindre “dérapage”, la dénaturation des mots bat son plein. Lecteur d’Orwell (1984), l’auteur et avocat s’est attaqué à cette “triche avec les mots”, pour tenter de redéfinir ceux qui sont utilisés – et souvent malmenés – dans le langage politique et culturel courant.

Les mots changent avec les réalités, certes, mais ce sont aussi des armes : leur emploi et leur dénaturation accélérée est une instrumentalisation politique qui fait avancer un projet de société, de déconstruction, que Geoffroy de Vries décortique et tente de contrecarrer. Abécédaire alimenté de réflexions philosophiques et sociales, nourri de nombreuses lectures, son livre se veut un antidote qui a pour ambition de “redonner aux mots leur vrai sens”.

Pourquoi est-il si essentiel de “se libérer de la novlangue” ? Pourquoi le détournement du vocabulaire est-il un marqueur d’un pouvoir à tendance totalitaire ? En quoi la langue est-elle un enjeu profondément politique ? Un brouillage du lexique qui sert par exemple un agenda bioéthique, un pouvoir politique ou des idées, à l’ère du “en même temps” et de la “post-vérité”, voyons avec l’éclairage passionnant de Geoffroy de Vries pourquoi “celui qui a le pouvoir, ce n’est pas tant celui qui dit les mots, mais c’est celui qui dit ce que les mots veulent dire”.





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