Faut-il un aménagement du territoire liquide ?

Découper la mer en zones spécialisées, comme on aménage les terres ? Portée par une directive européenne qui entrera en application en septembre, cette idée part d’un constat : certains espaces juxtaposent des activités parfois incompatibles (transport, pêche, gazoducs, aires protégées, exploitation éolienne ou pétrolière). Illustration en mer Baltique d’une planification dictée par des considérations économiques.

Le grand bleu se lézarde. Sous l’azur apparemment homogène et continu des cartes, de discrètes frontières découpent l’espace maritime. Le cœur des océans reste relativement épargné, mais les mers et les plateaux continentaux océaniques sont de plus en plus intensément exploités, pour des usages halio-agricoles, commerciaux, industriels ou récréatifs. Longtemps ces vastes zones qui jouxtent les côtes ont enfoui les produits secondaires de nos sociétés : rejets domestiques, pollutions chimiques, déchets. Elles jouent désormais le rôle de réservoir de ressources au service de l’économie.

Les activités humaines ont progressivement franchi une nouvelle frontière au cours de la seconde moitié du XXe siècle : croissance des échanges maritimes (1960), exploitation accrue des hydrocarbures en mer (1970), généralisation de l’usage du conteneur et développement de l’aquaculture marine (1980), premiers champs éoliens (1990), énergies marines renouvelables (2000). Aux côtés d’anciennes utilisations de la mer (pêche, navigation, extraction de granulats, dragage des ports), de nouveaux usages prennent leur essor (forages ultraprofonds et, dans un avenir proche, extraction des nodules polymétalliques, ces concrétions rocheuses riches en manganèse, silicium, cobalt, etc.). Si les zones économiques exclusives (ZEE) — ces bandes pouvant aller jusqu’à 370 kilomètres au large des côtes — restent sous juridiction étatique, les concessions attribuées à des entreprises privées à des fins d’exploration ou d’exploitation se multiplient. Chercheur en géographie à l’université de Nantes, Brice Trouillet observe une « banalisation de l’espace marin ». Faut-il organiser une partition des mers en zones destinées à des usages distincts et institutionnaliser un aménagement du territoire liquide ? Affirmatif, répond une directive européenne adoptée en 2014, qui exhorte tous les États membres de l’Union européenne à lancer un processus de planification dès septembre 2016 pour un aboutissement à l’horizon 2021. Or ce zonage revêt deux dimensions (…)

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