par Gideon Levy.

La photo de la grande victoire d’Israël vaut mille mots : Le « cerveau » de l’évasion et un « ponte » du Jihad islamique fouillant dans les ordures, à la recherche de nourriture : un Zakaria Zubeidi effrayé, conduit vers une voiture de police, le visage épuisé et tuméfié par les coups qu’il a reçus. « Baisse la tête », lui dit l’héroïne du jour, une policière.

Deux évadés ont été surpris parmi des poubelles, deux autres parmi des camions. L’évasion qui menaçait d’embraser le Moyen-Orient, ou du moins la Cisjordanie et la Bande de Gaza, s’est terminée dans une décharge, avec un policier enlevant chaussures et chaussettes des pieds d’un fugitif ligoté et misérable qui était devenu une menace existentielle pour une puissance régionale.

D’un seul coup, tout l’air s’est échappé du ballon de la peur et de l’intimidation : ils vont commettre une attaque terroriste de masse ; ils sont armés ; ils vont s’enfuir en Jordanie, au Liban, peut-être en Afghanistan ; à l’extérieur, ils attendent de l’aide, une voie d’évasion et une route vers une attaque terroriste. Ils sont extrêmement dangereux, très sophistiqués. Ils sont lourdement armés. Les studios de télévision ont été envahis par les scénarios horribles habituels, par des déclarations et des messages délivrés par des personnes appelées « correspondants militaires », par des généraux et des officiers de police de haut rang, par des personnes au courant, des personnes qui savent toujours tout. Le message constant était destiné à alimenter la peur. C’est bon pour l’audimat et pour les personnes qui idolâtrent l’establishment de la défense. Chaque infusion de peur renforce le sentiment de suffisance. Plus de peur signifie plus de budgets.

La peur absout les Israéliens de tout doute ou question. Dans son ombre, tout est permis. Si c’est si dangereux, la justice est de notre côté. Un seul camp est autorisé à verser le sang de l’autre ; seules les effusions de sang juif entraînent des représailles – presque personne n’est puni pour avoir versé du sang palestinien.

La peur rend le besoin de justice et d’égalité superflu. Si le siège de Gaza est levé, Israël sera anéanti ; si le droit de retour est honoré, l’Holocauste reviendra, et si les prisonniers ne sont pas capturés, ce sera la fin du monde.

Les génies qui se sont échappés de leur bouteille ont été rapidement remis à leur place par le Shin Bet, les forces de police spéciales et la police des frontières. Il était nécessaire de capturer les hommes échappés, même si j’espérais qu’ils ne le seraient pas, mais cela aurait pu être fait sans une campagne de peur contre les hommes, contre les Arabes israéliens qui pourraient coopérer avec eux et contre la ville de Jénine.

La méthode est éprouvée : augmenter le sens du danger et devenir un héros. L’armée de l’air bombarde le quartier général des « commandos de marine » – une planche à   voile et un tuba – à Gaza, que les meilleurs deviennent pilotes. Les chars bombardent « un poste de commandement terroriste du Hamas » – une cabane en tôle avec une chaise en plastique -, chantons les louanges de nos forces blindées. « Les forces d’infiltration ont éliminé un membre important du Hamas – un jeune de 17 ans -, décernons une médaille pour bravoure. L’ennemi qui nous fait face est si sophistiqué, bien équipé, armé et cruel que seuls nos héros peuvent le vaincre.

En fait, c’est le contraire qui est vrai. En Cisjordanie et à Gaza se tient l’une des armées les mieux équipées au monde, avec une force aérienne digne de la science-fiction et des services de renseignement que l’on ne voit que dans les films, face à une armée de chiffonniers. Cent ans de David et Goliath, avec un David qui s’affaiblit et un Goliath aux pouvoirs croissants, alors que les Israéliens se disent le contraire. Les besoins de défense d’Israël, vous savez.

Quelle chance a Israël que ceux qui lui font face soient des Palestiniens. En Afghanistan, les moudjahidines abattent des hélicoptères soviétiques, tandis qu’à Jérusalem, un médecin qui attaque un policier avec un couteau servant à couper des tomates est instantanément abattu, les policiers marchant sur son corps dans une autre pose de victoire.

Une photo a tout dissipé vendredi soir. Le regard des fugitifs qui ne pouvait que susciter la compassion à leur égard, compte tenu de ce qui les attend pour le reste de leur vie et principalement dans les jours à venir, à la lumière de l’opprobre public, de l’attisage médiatique, de leur diabolisation et de la mobilisation de tant de forces de sécurité contre eux.

Il est maintenant évident que ces hommes se sont évadés avec un seul objectif désespéré, celui de gagner leur liberté, même s’ils n’avaient aucune chance de réussir, ou au moins de retrouver leur dignité. Une seule chose était du côté de ces évadés faibles, ligotés, effrayés et déprimés : la justice. Mais celle-ci, comme on le sait, n’est pas une monnaie courante de nos jours. Elle n’a pas la moindre valeur.

Donc, félicitez ceux qui les ont attrapés, rejoignez ceux qui se lamentent sur le fait qu’ils n’ont pas été liquidés. En fin de compte, la véritable image est celle d’un Palestinien fouillant dans les ordures, à la recherche de nourriture. Une image triste, très triste.


source : https://tlaxcala-int.blogspot.com

traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala



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