Le 18 septembre, lors de la réception de Grenoble, les supporters toulousains pourront «craquer» des fumigènes. Ils ont en effet reçu l’autorisation de la Ligue professionnelle de football et des autorités. Mais cette pratique se fera sous un encadrement très strict.

Une excellente nouvelle pour tous les ultras de France puisque l’usage de fumigènes en tribune est un sujet de tensions depuis des années entre pouvoirs publics et supporters qui dénoncent une forte répression à leur encontre, et ce quelle que soit la division. Lors du prochain match du Toulouse football club (TFC) le 18 septembre contre Grenoble en Ligue 2 sera expérimenté l’usage de fumigènes. Les supporters présents en tribune Brice Taton pourront allumer des fumigènes. Cependant, la pratique sera strictement encadrée comme l’explique le club dans un communiqué.

​En effet, seuls 16 supporters seront accrédités, équipés de protections et encadrés par un artificier professionnel. Il s’agit là d’une expérience menée conjointement avec la Ligue de football professionnel (LFP) qui en tirera des conclusions à l’issue du match pour une éventuelle extension à tous les matchs de championnat de Ligue 1 et Ligue 2.

Les fumigènes, un sujet de discorde ancien

Par le passé, les fumigènes étaient autorisés dans les stades et aucun texte n’en réglementait l’usage. C’est en 1993 qu’a été voté le premier texte de loi qui interdit l’usage et l’introduction de fumigènes dans les enceintes sportives. Il s’agit de la loi Alliot Marie qui prévoit également l’interdiction à toute personne en état d’ébriété d’entrer dans un stade. Les incidents quelques mois plus tôt entre supporters de l’OM et du PSG qui se sont lancé des fumigènes ont poussé les autorités à légiférer sur ce sujet.

La loi Alliot Marie a surtout trouvé sa genèse suite au match PSG-Caen du 28 août 1993 qui a été le théâtre de violents affrontements entre supporters du club parisien et CRS, dont plusieurs ont été roués de coups par des supporters qui s’opposaient à leur intervention contre un supporter ayant tenté de pénétrer sur la pelouse.

Bilan: sept blessés, dont deux grièvement chez les CRS, et des images qui sont restées gravées dans la mémoire collective.

Suite à cette loi, l’introduction de fumigènes est passible de 100.000 francs d’amende et de trois ans de prison. Le texte a été revu en 2006 avec l’introduction d’interdictions de stade pour les fautifs. Celui actuellement en vigueur prévoit 7.500€ d’amende, un an d’emprisonnement et une interdiction de stade qui peut aller jusqu’à cinq ans.

En 2019 est lancée une mission d’information parlementaire sur le régime des interdictions de stade et le supporteurisme. Les travaux sont menés par Marie Georges Buffet (PC) et Sacha Houillé (LREM) et menés conjointement avec l’Association nationale des supporters (ANS) qui représente la majorité des groupes en France. En 2020, cette mission rend ses conclusions et préconise des interdictions administratives de stade assouplies, des restrictions sur les déplacements de supporters réduites et enfin l’autorisation de l’utilisation des fumigènes. En juin de la même année, Roxana Maracineanu décide d’autoriser, sous encadrement, l’utilisation de fumigènes, mais la situation sanitaire n’a pas permis d’expérimenter cette pratique du fait des huis clos généralisés.

À noter que les interpellations pour usage de fumigènes ont augmenté ces dernières années. En effet, selon les chiffres de la DNLH (Direction nationale de lutte contre le hooliganisme), les interpellations réalisées pour ce motif dans les stades de Ligue 1 et Ligue 2 étaient de 24% en 2017-2018, avant de connaître un léger repli en 2018-2019 (19,9%) pour finalement connaître un boom de 46% en 2019-2020 par rapport à la saison précédente.

Une utilisation encadrée qui a fait ses preuves à l’étranger

Rares sont les pays à avoir encadré l’utilisation des fumigènes à l’étranger. Le premier à avoir opté pour cette approche est la Norvège qui en 2005 a accordé aux groupes de supporters réunis au sein du Norsk Supporterallianse (association des supporters norvégiens) le droit d’utiliser des engins pyrotechniques avant et après les matchs.

Pour cela, trois conditions doivent être réunies: les autorités doivent être avisées, les produits approuvés par les autorités et aucun fumigène ne doit être allumé pendant le match.

En 2015, 80 utilisations encadrées de fumigènes ont été autorisées et aucun incident n’a été observé.

Aux États-Unis, la popularisation du soccer a vu naître de nombreux groupes de supporters désireux eux aussi d’utiliser des fumigènes. Pour le moment, le club d’Orlando fait figure d’exception en ayant une tribune aménagée dans son stade où l’usage de fumigènes est autorisé.

Le règlement dans les stades aux USA n’autorise pas l’utilisation de fumigènes et les ultras de Montréal viennent d’en faire les frais puisque leur secteur a été fermé pour une durée indéterminée suite aux affrontements et à l’utilisation de fumigènes constatés lors du match contre Toronto le 27 août dernier.

Enfin, au Danemark, l’utilisation de fumigènes est très répandue. Un fumigène spécifique a même été développé en 2016 par les supporters de Brondby en collaboration avec les autorités locales. À faible chaleur et facile à éteindre, il a été approuvé pour les matchs de championnat national et utilisé pour la première fois en décembre 2019 lors de la réception du FC Midtjylland.

Une expérimentation accueillie positivement

Si le Téfécé se dit heureux d’avoir été choisi par la LFP pour mener cette expérimentation, les Indians Tolosa, groupe ultra local qui sera partie prenante, a également réagi à cette décision:

«Nous sommes heureux de pouvoir participer à ce test, qui on l’espère permettra de faire avancer les choses à l’avenir. Merci au Toulouse FC d’avoir grandement travaillé sur ce dossier. On n’oublie pas nos membres interdits de stade suite à des craquages.»

Quant à Sacha Houillé, qui avait préconisé le retour à une pratique encadrée de la pyrotechnie, il se réjouit de voir les expérimentations débuter.





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