10 septembre 2021 à 10h18,
Mis à jour le 10 septembre 2021 à 14h52

Durée de lecture : 5 minutes

Climat

Après une année sous le signe des phénomènes climatiques extrêmes, les guides de montagne de Chamonix veulent faire entendre l’écho des hauts reliefs, très touchés par le réchauffement climatique. Après avoir effectué à cette fin un record mondial en gravissant le mont Blanc avec une cordée de 200 alpinistes, huit membres de la Compagnie des guides de Chamonix, qui fête son bicentenaire cette année, sont arrivés à Paris mercredi 8 septembre au terme d’un voyage de 600 km à vélo. Jeudi 9 septembre, à cause des travaux de la tour Eiffel et des risques sanitaires liés à la peinture au plomb, ils n’ont pas pu escalader le monument emblématique, comme prévu à l’origine. En montant par les escaliers, ils ont quand même pu brandir le drapeau de la compagnie.

Accompagnés de Xavier Roseren, député de Haute-Savoie (La République en marche), les guides présentent à la commission montagne de l’Assemblée nationale un livret sur le changement climatique en montagne, vendredi matin. Intitulé Les guides de montagne et le changement climatique, une histoire d’adaptation, ce texte a pour but de documenter les conséquences du réchauffement sur les milieux naturels montagnards et sur les activités humaines. Il a été conçu par le Syndicat national des guides de montagne et des chercheurs du Centre de recherche sur les écosystèmes d’altitude (Crea), du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’université de Grenoble. « Nous avons un rôle de sentinelles et nous voulons rappeler que les glaciers ne sont pas que sportifs et décoratifs mais également des châteaux d’eau qui changent très vite sous l’effet du réchauffement climatique », dit à Reporterre Olivier Greber, le président de la Compagnie des guides de Chamonix présent à Paris.

Une augmentation des températures deux fois plus rapide que dans les plaines

À travers une approche historique de la vallée de Chamonix, le livret illustre l’accélération du changement climatique et ses conséquences sur les milieux et les métiers de la montagne. Dans le massif du Mont-Blanc, l’emblématique glacier a perdu 200 mètres d’épaisseur depuis le siècle dernier, avec une très nette dégradation ces dix dernières années. Dans les Alpes du Nord, l’augmentation des températures est deux fois plus rapide que dans les plaines. Et, selon Météo France, en 2050, les stations situées à plus de 1 500 mètres d’altitude connaîtront des journées à plus de 25 °C.

Le réchauffement climatique observé dans les montagnes est en effet plus important que dans les zones de basse altitude. Cela est dû à la réflexion de l’énergie solaire, appelé albédo, qui n’est pas la même selon la couleur des surfaces réfléchissantes. En montagne, les zones blanches couvertes de neige renvoient davantage les rayonnements solaires que les roches, plus sombres. À cause de l’augmentation des températures, le manteau neigeux diminue progressivement, laissant de moins en moins de zones claires réfléchissantes. Le sol à nu absorbe alors davantage la chaleur, réchauffant ainsi le climat ambiant.

L’ascension du mont Blanc par quatre guides de la Compagnie de Chamonix la nuit du 31 août au 1er septembre 2021. Compagnie des guides de Chamonix.

Selon Météo France, la quasi-totalité des domaines skiables des Alpes ne seront vraisemblablement plus en fonctionnement en 2100, même en prenant en compte l’enneigement artificiel. Selon Olivier Greber, les pratiques changent déjà : « Dès le début de l’été, les conditions ne sont plus réunies pour aller en montagne pour des courses de neige. » En effet, la fonte des neiges rend la pratique de la montagne plus dangereuse causant des éboulis ou des décrochements de plaques rocheuses. « Par exemple, la voix normale de la Tour Ronde devient très tôt dans l’été une zone de rochers instables. À ce titre, on arrête vite de la fréquenter à cette saison. »

Des transformations trop rapides pour le vivant

Le livret mentionne également la nécessité pour les guides de changer de paradigme, c’est-à-dire de faire passer « l’expérience au-delà de l’objectif » c’est-à-dire de ne pas viser à tout prix l’ascension de certains pics. Concrètement, 64 % des accompagnateurs mettent déjà en place des actions pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre via le covoiturage, la réduction des déplacements et la sensibilisation des clients. « À notre échelle, on essaye de diminuer notre bilan carbone et celui de nos clients, mais l’État doit faire sa part, les grandes décisions doivent venir d’en haut », dit Olivier Greber.

Les transformations des écosystèmes montagnards sont par ailleurs trop rapides pour le vivant. Afin de s’adapter au réchauffement, les espèces migrent plus haut en altitude pour trouver des conditions climatiques favorables. Elles peuvent également s’acclimater en évoluant génétiquement, mais cette adaptation, lente, n’est pas assez rapide face au réchauffement. C’est par exemple le cas des espèces « artico-alpines » comme le lagopède alpin (Lagopus muta helveticus), qui monte d’année en année et qui ne pourra le faire indéfiniment. Enfin, les paysages changent également et se verdissent ce qui n’est pas sans conséquences sur les activités de montagnes, modifiant les itinéraires et les points de vue historiques.

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