En juillet dernier, des pluies diluviennes se sont abattues sur l’Allemagne et la Belgique, provoquant des inondations dévastatrices. Cet événement tragique a fait plus de 200 morts, des victimes sont encore portées disparues et les dégâts matériels sont estimés à des milliards d’euros. Selon une étude publiée par 34 scientifiques du World Weather Attribution, ces inondations extrêmes seraient étroitement liées au réchauffement climatique, et pourraient devenir de plus en plus fréquentes.

Les 14 et 15 juillet dernier, l’Allemagne et la Belgique ont été confrontées à de fortes inondations. En Allemagne, deux Länder ont été fortement impactés : la Rhénanie-Palatinat et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Face aux fortes pluies, les petites rivières sont devenues des torrents, qui ont détruit des centaines d’habitations et d’infrastructures. On estime qu’au moins 190 personnes sont mortes durant ces inondations en Allemagne, et les recherches sont toujours en cours. En Rhénanie-Palatinat, la région allemande la plus touchée par les intempéries, les autorités ont comptabilisé 132 morts et 766 blessés.

La ville de Maaseik, en Belgique, recouverte par les eaux de la Meuse. Source : francetvinfo.fr (2/12) ; Crédit : ERIC LALMAND / BELGA MAG / AFP

En Belgique, les inondations ont principalement frappé la Wallonie, une région francophone située au sud du pays. 41 personnes ont perdu la vie. Une dizaine de personnes sont toujours portées disparues.

Mais quelle est la cause de ces inondations extrêmes, jamais vues dans ces deux pays ? Mardi 24 août, 39 scientifiques du World Weather Attribution (WWA) ont publié une étude sur le sujet. Selon cet organisme, qui regroupe des experts de divers instituts du monde entier, ces inondations seraient liées au réchauffement climatique.

Des inondations historiques

Selon les recherches des scientifiques, l’Allemagne et la Belgique n’avaient jamais connu d’intempéries aussi violentes. « L’épisode a largement battu les records de précipitations historiquement enregistrés » ont souligné les chercheurs dans leur étude.

Les voitures et les rues ont été englouties par l’eau à Liège, en Belgique. Source : francetvinfo.fr (6/12) ; Crédit : MAXPPP

En effet, le risque pour ces pays d’être touchés par des catastrophes naturelles est devenu 9 fois plus probable à cause du changement climatique, provoqué par l’activité humaine. L’Allemagne et la Belgique ont 20% de probabilités supplémentaires d’être touchées par des inondations. Car selon les scientifiques : « le changement climatique a fait augmenter la quantité de pluie sur une journée d’entre 3% et 19%. »

« Le changement climatique a accru la probabilité, mais également l’intensité des événements de juillet » a affirmé Frank Kreienkamp, expert dans le service météorologique allemand qui a piloté l’étude.

Des inondations de plus en plus fréquentes

Pour constituer leur rapport, les scientifiques du World Weather Attribution ont réalisé des estimations sur l’impact du réchauffement climatique sur les régions les plus touchées en Allemagne et en Belgique. Les chercheurs ont commencé par simuler le climat entre 1850 et 1900, afin de connaître la fréquence des événements extrêmes à cette époque, alors que le changement climatique n’avait pas débuté.

Les scientifiques ont ensuite fait une deuxième simulation, avec un réchauffement de l’atmosphère de + 1,2 degrés, qui est la tendance que nous connaissons actuellement. Leurs résultats ont montré une plus grande probabilité d’une augmentation des catastrophes naturelles, et donc des inondations en Europe.

Grâce à ces estimations, les scientifiques ont repéré une « tendance à un renforcement », ce qui signifie que ces événements pourraient se produire de plus en plus souvent. Selon les recherches des experts, des inondations semblables à celles survenues en juillet dernier pourraient se produire tous les 400 ans. De plus, les fortes pluies pourraient devenir de plus en plus fréquentes, car l’humidité de l’atmosphère augmente de 7% pour chaque degré supplémentaire.

« Les précipitations extrêmes se produisent tout le temps et il est impossible de dire si les quantités de précipitations du mois dernier ne seraient pas tombées sans le changement climatique. Par contre, cette étude indique bel et bien que le réchauffement climatique augmente à la fois la probabilité et l’intensité de ces précipitations extrêmes » a affirmé Steven Caluwaerts, chercheur à l’Institut Royal Météorologique de Belgique et professeur à l’Université de Gand.

Une augmentation des catastrophes naturelles

Les scientifiques du WWA ne sont pas les premiers à pointer du doigt les effets dévastateurs du réchauffement climatique sur notre planète. Début août, les experts climat de l’ONU (Giec) ont publié un rapport sur les conséquences dévastatrices du réchauffement climatique sur la Terre. D’ici quelques années, ce dernier pourrait entraîner encore plus de catastrophes naturelles, comme des sécheresses, des incendies, ainsi que des inondations. Ainsi, le lien entre réchauffement climatique et inondations extrêmes serait bien avéré.

« Le lien entre réchauffement climatique et précipitations extrêmes est difficile à établir. On sait qu’une atmosphère plus chaude peut contenir plus de vapeur d’eau, et donc davantage d’eau dans les nuages qui donnent des pluies plus intenses. Les quantités de précipitations alors observées en Allemagne et dans la partie belge du bassin de la Meuse ont largement dépassé les observations historiques » a affirmé Emilie Delhaye, du service communication de l’Institut Royal Météorologique de Belgique.

En Belgique, une femme s’est retrouvée au milieu de l’eau, parmi les débris. Source : francetvinfo.fr (3/12) ; Crédit : MAXPPP

De plus, selon le rapport du Giec, le réchauffement climatique serait plus rapide que ce que l’on imaginait. En effet, le seuil de + 1,5 degrés, qui est l’objectif idéal à ne pas dépasser selon l’Accord de Paris, pourrait être atteint en 2030, alors que l’on pensait qu’il ne le serait pas avant 2040.

Le 7 juillet dernier, 27 scientifiques du WWA avaient déjà publié une étude montrant le lien entre le réchauffement climatique et les catastrophes naturelles survenues cet été. Ce rapport était centré sur le « dôme de chaleur » qui a impacté le Canada et l’ouest de l’Amérique fin juin. Selon cette étude, cette chaleur extrême ne serait jamais apparue sans le réchauffement climatique.

Une fois encore, les scientifiques du WWA ont insisté sur l’importance de se préparer face à ces événements, et notre possibilité d’inverser la tendance ou de limiter les dégâts. « Il est important de savoir comment nous réduisons la vulnérabilité de ces épisodes et leurs impacts. Malheureusement, les gens sont souvent prêts… mais pour le précédent désastre » a déploré Maarten van Aalst, l’un des auteurs de l’étude et directeur du Centre climatique de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Lisa Guinot

Ressources bibliographiques

Lien de l’étude principale : https://www.worldweatherattribution.org/heavy-rainfall-which-led-to-severe-flooding-in-western-europe-made-more-likely-by-climate-change/

Site du World Weather Attribution : https://www.worldweatherattribution.org/

Site de l’Institut Royal Météorologique de Belgique : https://www.meteo.be/fr/belgique

Lien du rapport du GIEC : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/

Lien de l’étude du WWA sur le dôme de chaleur : https://www.worldweatherattribution.org/western-north-american-extreme-heat-virtually-impossible-without-human-caused-climate-change/

Site du Centre climatique de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : https://worldconference.croix-rouge.fr/centre-climat-croix-rouge-croissant-rouge/


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