JPEG - 134.1 ko

Image publiée par les putschistes sur les réseaux sociaux avec le président Alpha Condé à l’arrière-plan, en chemise et jeans.

Dimanche 5 septembre, les militaires des forces spéciales se sont emparés du président guinéen Alpha Condé et ont annoncé la suspension des institutions. Ils déclarent vouloir mettre un terme à la « gabegie » qui gangrène l’État et « engager une concertation nationale pour ouvrir une transition inclusive et apaisée ». Des rumeurs de tensions entre le chef des mutins, le colonel Mamady Doumbouya, et le chef de l’État guinéen circulaient depuis plusieurs jours à Conakry. M. Condé avait choisi l’officier pour diriger les forces spéciales chargées de garantir la sécurité de la présidence et des institutions en 2018. Le colonel avait d’ailleurs mené sans état d’âme la répression des manifestations de l’opposition en 2019-2020 où plusieurs dizaines de personnes avaient trouvé la mort. Mais M. Doumbouya s’accommodait de plus en plus mal de l’autoritarisme de M. Condé. Le bruit courrait que l’officier allait être mis à pied.



Voir aussi, à la fin de l’article, une sélection d’archives du Monde diplomatique sur ce sujet

La Guinée traverse une profonde crise sociale et politique qui peut attirer quelque sympathie aux putschistes. À l’instar d’autres chefs d’État d’Afrique francophone, M. Condé a tordu les institutions de son pays pour effectuer un troisième mandat présidentiel en 2020. Cet appétit de pouvoir a durablement écorné l’image de celui qui avait longuement et courageusement tenu tête aux présidents Sékou Touré (1958-1984) et Lansana Conté (1984-2008), supportant l’exil et la prison. Sa réélection en 2020 a été obtenue dans des conditions calamiteuses, le résultat du scrutin n’ayant pas été reconnu par une partie significative de l’opposition tandis que les manifestations étaient violemment réprimées et les journalistes menacés ou emprisonnés. L’ONG Amnesty International avait alors dénoncé des arrestations arbitraires. La Guinée occupe la 179e place sur 183 pays sur l’échelle de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement. Comme la plupart des pays d’Afrique, elle se trouve sous la coupe des institutions financières internationales qui lui imposent leurs recettes mortifères.

Formé dans la Légion étrangère française, M. Doumbouya connaît bien le colonel malien Assimi Goïta, lui-même auteur d’un putsch en 2020 et meneur de la junte au pouvoir à Bamako. Le coup de force de dimanche 5 septembre à Conakry intervient dans un pays qui n’a connu — si l’on excepte la parenthèse de 2009 avec le capitaine Dadis Camara — que trois présidents depuis son indépendance en 1958 : Ahmed Sekou Touré, Lansana Conté, et M. Condé. Comme dans d’autres démocraties fantomatiques d’Afrique, les militaires se posent en régulateurs et déverrouillent par la force des situations politiques bloquées. Tout l’enjeu est alors d’organiser une transition pacifique et de remettre le pouvoir aux civils le plus rapidement possible. Un défi que les putschistes maliens tardent à relever. Les condamnations internationales unanimes, à commencer par celles de l’Union africaine et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), relèvent de l’exercice convenu. Si le coup d’État réussit, ces organisations — qui se montrent très discrètes face aux coups de force que constituent les troisièmes mandats présidentiels usurpés — tenteront d’encadrer le retour à des institutions civiles et, au moins formellement, démocratiques.



-source-

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *