Dans une tribune, un groupe d’experts des questions de défense dénonce une série de décisions récentes menaçant l’industrie de défense française. Un texte approuvé par de nombreux responsables souverainistes mais contesté par un député LREM.

Le 31 août, peu après la signature à Paris d’accords officialisant la poursuite du programme Scaf (Système de combat aérien du futur), une tribune signée par le groupe Vauban – qui regroupe une vingtaine de spécialistes des questions de défense – actait la «mort confirmée de l’industrie d’armement française», moins d’un an après une tribune annonçant la «mort programmée de l’industrie française d’armement exportatrice». Une analyse approuvée par certains responsables politiques – en majorité souverainistes – mais aussi contestée par d’autres, comme ce député de la majorité qui a réfuté ce constat avec argumentaire également publié par La Tribune.

Une tribune critiquant le rôle de l’Union européenne et de la coopération franco-allemande

Dans leur dernière tribune, les spécialistes du groupe Vauban critiquent d’abord l’Europe «bureaucratique», déplorant que «Bruxelles [ait] mis un soin particulier à accumuler, en pleine crise sanitaire, des projets qui, mis bout à bout, défont, dans un bel élan schizophrénique, les systèmes de défense des pays membres». Ils citent en premier lieu le temps de travail des militaires, qui doit désormais respecter le droit du travail lorsque ceux-ci ne sont pas en opération – «rendant ainsi impossible le travail de la gendarmerie, des sapeurs-pompiers, du service de santé des armées, etc.», estiment les signataires.

Ils évoquent ensuite un «autre mauvais coup venu de Bruxelles» : le projet dit Corporate Sustainability Reporting Directive, qui menacerait directement l’industrie d’armement. «Les ONG, avocats, fonds éthiques, agences de notation […] désirent désormais détruire […] le financement des activités industrielles et commerciales de la défense.» «Forcément coupable de corruption, forcément auxiliaire des dictateurs et autres génocidaires, forcément nuisible à toute société, l’industrie d’armement ne doit plus être financée, ni pour la R&D ni pour la production et a fortiori pour l’exportation […] Aucun banquier, aucun assureur, aucun responsable de fonds ne voudra se compromettre avec les marchands de canons dont tous veulent la peau», déplorent les experts.

La tribune pose par la suite la question d’un «divorce stratégique de fond entre Paris et Berlin». «Il s’est accentué, notamment sur la dissuasion nucléaire et le rôle de l’OTAN, deux pierres d’achoppement fondamentales qui viendront toujours ruiner les espoirs naïfs des dirigeants français», juge le groupe Vauban.

Une doctrine atlantiste et pacifiste ne peut que produire des déceptions

«Les coopérations d’armement ? Là aussi, une doctrine atlantiste et pacifiste ne peut que produire des déceptions dont la meilleure illustration demeure la gifle allemande que Paris a reçue sans broncher sur l’avion de patrouille de maritime», relève ensuite la tribune, avant d’affirmer que «les difficultés inhérentes aux autres programmes – avion et char de combat – montrent assez que l’Allemagne ne conçoit pas la coopération, mais juste la domination humaine et technologique d’ensembles européens». «Délaissée car méprisée, l’industrie d’armement terrestre française vit tous les jours à l’heure allemande», résument les spécialistes, en regrettant également un rapport annonçant que l’exportation d’armement ne sera plus autorisée qu’au sein de l’Union européenne ou de l’OTAN. «Autant dire que l’industrie d’armement française est condamnée», concluent sans ambages les signataires.

Des responsables politiques déplorent une perte d’indépendance de la France

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a salué une «tribune brillante» qui «nous alerte sur les coups répétés de Bruxelles et de Berlin contre l’organisation de nos armées et notre industrie de défense». «Nous devons retrouver notre indépendance industrielle et une vision de long terme pour nos armées», conclut la candidate à l’élection présidentielle.

«Qu’on ne me dise pas que c’est une suite d’erreurs ! Ça s’inscrit dans une volonté évidente de liquider la France», a jugé le président des Patriotes Florian Philippot, en appelant à la sortie de la France de l’Union européenne.

Le président de l’UPR François Asselineau a quant à lui évoqué une «trahison suprême», qui résulte selon lui «des décisions de l’Union européenne, de la volonté hégémonique allemande, du travail de sape d’ONG aux financements obscurs et de la lâcheté et de la niaiserie des dirigeants politiques».

Bien qu’étant secrétaire national de l’UDI – un parti centriste pro-européen – le magistrat Charles Prats a commenté cette tribune en déclarant : «Cette Europe-là, on n’en veut pas !». «L’indépendance stratégique de la France – mais aussi de l’Europe – passe par la bonne santé et le leadership d’une industrie de défense française, qui est le pilier des matériels de défense en Europe», a-t-il expliqué.

Un élu LREM défend les coopérations industrielles avec l’Allemagne

Du côté de la majorité présidentielle, le député de La République en marche (LREM) Fabien Gouttefarde a souhaité s’inscrire en faux contre le constat dressé par le groupe Vauban.

Dans une tribune publiée le 4 septembre, le député de l’Eure, membre de la commission de la Défense nationale et des forces armées, commence par reconnaître que la «décision de la Cour de justice de l’Union européenne relative au temps de travail est de nature à ouvrir une brèche, qui n’est pas souhaitable». Il affirme ensuite que la majorité est «attentive» au projet Corporate Sustainability Reporting Directive, qui «menacerait les industriels de la défense d’étranglement financier».

L’élu concède encore un point au groupe Vauban en déplorant et en regrettant que l’Allemagne ait finalement choisi un avion américain comme aéronef de patrouille maritime. «Berlin est un partenaire naturel de Paris», conclut néanmoins Fabien Gouttefarde, en citant les coopérations sur «l’avion, le char, le canon».

L’alternative était […] pour la France, le développement d’un avion de combat certes très performant […] mais hors de portée des finances françaises

S’agissant du Scaf, le député estime que, en l’absence de coopération, «l’alternative était, pour l’Allemagne, l’achat d’avions américains, pour la France, le développement d’un avion de combat certes très performant, Dassault sachant parfaitement faire, mais hors de portée des finances françaises, sauf à consentir à des choix douloureux».

«Ce qui serait inacceptable, aux yeux des Français, serait que cette majorité, après avoir lancé ces coopérations et ces réflexions, ne les assume pas», poursuit Fabien Gouttefarde, en proposant une solution aux problèmes auxquels fait face l’industrie de défense française : «Un surge budgétaire pour la [loi de programmation militaire], la création ou re-création de filières d’excellence – je pense notamment aux munitions de petit calibre, aux drones, à l’avion spatial.» «L’action vers nos partenaires européens [est l’un des] piliers sur lesquels notre industrie peut se reposer», conclut l’élu de 42 ans.





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