par Jean Goychman.

Depuis des décennies, voire plus longtemps, la vie politique de notre pays était caractérisée par une sorte de choix binaire qui faisait que l’on était soit de droite, soit de gauche. L’appartenance « centriste » pouvait exister mais ne se définissait que par rapport à cela, souvent assorti d’ un « ni de droite, ni de gauche » qui, en réalité, théorisait l’indécision, fut-elle passagère.

Longtemps incarné par le Mouvement républicain populaire (MRP), ce mouvement centriste a connu un certain regain sous Valéry Giscard d’Estaing, qui prétendait que la France devait être gouvernée au centre. Dans les faits, les adeptes du centrisme se caractérisaient surtout par leur « Atlantisme », synonyme à peine déguisé du fédéralisme européen auquel aspiraient un certain nombre de groupes de réflexion jamais très éloignés de la vision du Département d’État américain. Un avant goût avait été donné en 1965 avec la candidature de Jean Lecanuet.

Ayant été en partie absorbés par l’UDF durant les « années Giscard », les centristes subsistèrent sous différents noms. On les retrouve aujourd’hui pour partie dans le Mouvement démocratique (MODEM) et dans l’Union du Centre (UDC). Petit à petit, la réduction au clivage « gauche-droite » les a conduit à adapter leurs vote suivant essentiellement leur vision européenne.

La Gauche, majoritairement incarnée par le Parti socialiste depuis les années Mitterrand, a pris le virage vers le fédéralisme européen, mais le Parti communiste avait une autre vision européenne, qui s’approchait plus de « l’Europe des Nations et des Patries » préconisée par de Gaulle.

Pour des raisons bassement politiques, les communistes ont fait taire cette divergence, tout comme les députés du Rassemblement pour la République (RPR), bien que se réclamant de de Gaulle, ont unis leurs votes à ceux de l’Union pour la Démocratie française (UDF) afin de s’opposer à la politique de François Mitterrand, cimentant ainsi une union circonstancielle.

Les choses se précisent

Les années 80 ont marqué une inflexion généralisée vers le libéralisme économique et les traités européens qui le codifiait. L’Acte Unique de 1986 et le traité de Maastricht adopté en 1992 ont balisé cette période de progression de l’intégration européenne. Les transferts de compétence entre l’Union européenne les États-membres se sont accélérés. Parallèlement à cette orientation fédéraliste, qui séduisait surtout ceux qui voyaient dans le prétendu libéralisme économique un avenir radieux pour l’ensemble de la planète, un mouvement d’opposition à cette vision entrait en gestation.

De plus en plus de gens réalisaient que le corollaire de ce libéralisme basé sur le « libre échange » était une délocalisation qui allait se généraliser, et que celle-ci toucherait principalement les entreprises industrielles.

Circulez, rien à voir...

Cette réflexion, qui n’avait été engagée par aucun parti politique, et seulement timidement par quelques syndicats, entrevoyant les conséquences en termes de pertes d’emplois, trouvait des adeptes dans une part importante de la société française, toutes opinions politiques confondues. A contrario, et probablement dans l’intention d’éviter des clivages internes aux conséquences dévastatrices, les grands partis qui se qualifient eux-mêmes de « républicains », avaient préféré ignorer cet état de fait. Il s’en suivit une sorte de quiproquo permanent qui voulait donner une image unifiée de mouvements politiques qui, inexorablement, allaient se scinder sur la question européenne.

La prise de conscience des futures victimes

La révélation se fit lors du référendum du 29 mai 2005. 55% des électeurs dirent « non » au projet de traité constitutionnel. La cause était entendue, une bonne majorité de Français ne voulait pas d’une Europe fédérale. Un tel résultat aurait dû conduire les dirigeants politiques, quelle que soit leur opinion personnelle, à une inflexion de la politique européenne et une remise en question profonde. Hélas, il n’en fut rien et on préféra mettre « la poussière sous le tapis » en faisant ratifier, après avoir « tordu le bras » à la constitution, un traité européen qui reprenait exactement les termes du traité refusé par le peuple français.

Ceci réduisit à néant le peu de confiance que les Français avaient encore dans leur classe politique dirigeante. Ajoutons à cela le sentiment de plus en plus partagé que l’Union européenne était perçue comme l’appartement-témoin d’une mondialisation galopante, qui ne pouvait que conduire à la paupérisation des classes moyennes issues du capitalisme industriel, voué à disparaître en raison de la financiarisation généralisée.

Ligne de fracture

Pour toutes ces raisons, une nouvelle ligne de fragmentation est apparue. Elle sépare ceux qui ont pris conscience de l’aspect néfaste du projet mondialiste en train de se mette en œuvre et ceux qui, à contrario, pensent que c’est une chance pour la France de pouvoir continuer à exister au travers de son intégration dans l’Europe, qui pourrait ainsi se faire entendre dans le concert mondial.

Les premiers sont convaincus qu’ils ont tout à perdre et le seconds pensent que c’est l’inexorable marche du progrès et que les dimensions de la Terre se sont suffisamment réduites pour envisager la disparition des frontières.

Une opposition « populiste » et une internationalisation de la fracture

Ce clivage apparaît plus horizontal que vertical. Le haut de la pyramide sociale, ceux qui habitent principalement les grandes métropoles et qui se sont déjà internationalisés, sont plutôt favorables à cette mondialisation. A contrario, les classes sociales moins favorisées, vivant dans le reste du territoire tiennent beaucoup plus au maintien de leur État-nation, en qui ils voient la terre nourricière et la patrie protectrice.

Une image très parlante est celle des États-Unis d’Amérique.. Les plus acquis à l’idée mondialiste sont ceux qui vivent sur les cotes Est et Ouest, alors que ceux de la bande intérieure sont restés plus isolationnistes. Et il en va de même dans beaucoup d’endroits.

Quelle conclusion en tirer ?

Il semble aujourd’hui que beaucoup de peuples se réveillent et n’ont pas envie de disparaître, noyés dans un ensemble disparate dans lequel ils perdraient à la fois leur culture et leur identité. Ils entendent conserver l’indépendance nationale qui leur confère leur souveraineté. Ceci est totalement incompatible avec la mise en place d’un gouvernement mondial qui ne pourrait en aucun cas résulter d’un processus démocratique. Le temps semble donc jouer contre les mondialistes qui, après avoir longtemps œuvré dans une ombre propice à la discrétion, apanage des sociétés « Fabiennes », sont maintenant obligés d’apparaître en pleine lumière. Ce qui, jusqu’à présent valait à quiconque abordant le sujet d’être immédiatement taxé de complotisme, devient évident à tout observateur quelque peu perspicace. Il leur est indispensable d’accélérer la manœuvre.

Voici les véritables enjeux de la bataille qui s ‘annonce, reléguant au rang de relique ce clivage « gauche-droite » devenu anachronique, même si d’aucuns, par un calcul politique désuet, tentent de s’y accrocher.



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