HUMEUR – L’instauration du pass sanitaire a-t-elle des conséquences économiques négatives en France ? Selon Bruno Le Maire, pas du tout, et ce serait même l’inverse… Vas-y, goûte, c’est de la bonne !

À ceux qui s’inquiétaient des conséquences économiques du pass sanitaire et à la « frange capricieuse et défaitiste » qui s’y oppose, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a voulu lancer un message énergique et sans ambiguïté sur France Inter : « Après un temps d’adaptation, le pass n’a ralenti ni la consommation, ni la croissance ni l’investissement en France ; c’était la meilleure solution ! »

Il l’avait déjà affirmé le 23 août : « après l’application du pass sanitaire, la consommation dans les restaurants a augmenté de 5%. » Cette augmentation avait été constatée selon lui sur la semaine du 9 au 15 août, par rapport à la même période en 2019.

Une semaine plus tard, le-renouveau-c’est-Bruno relevait sur la semaine du 16 au 22 août une augmentation de 8% dans les secteurs soumis au pass sanitaire. Fascinant. De toute évidence, ce pass sanitaire donne aux Français de folles envies de restaurant. Mais pourquoi alors ne pas instaurer un pass dans tous les secteurs en difficulté ? Les petits commerces par exemple y trouveraient sûrement le tremplin dont ils ont besoin pour regagner du terrain sur les grandes surfaces.

Fact-checking : “Pas tout à fait faux mais pas du tout vrai !”

Mais avant d’en arriver là, posons la question des sources du ministre de l’économie : sur quoi s’appuie-t-il pour mettre en avant une telle hausse ? De son propre aveu, sur « le nombre de factures de carte bleue. » Les paiements par carte bleue à une période donnée, vs. ces mêmes paiements deux ans plus tôt. Donc en vérité, la seule information fiable qu’on puisse extraire de ces chiffres se limite à : il y a eu 5 ou 8% d’augmentation des paiements par carte bancaire entre telle période de 2019 et la même période en 2021. Point.

Et doit-on s’en étonner ? La part des paiements par CB n’a de cesse d’augmenter en France. Pour le « sans contact » par exemple, on est passé entre 2013 et 2020 de 1,2 million de paiements à environ 4,6 milliards, selon le site Statista. L’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement avance lui dans son rapport annuel 2021 que « le sans-contact représente désormais la moitié des paiements par carte contre un tiers avant la crise [sanitaire]. » Enfin selon une enquête de la Banque centrale européenne publiée fin 2020 « les Français se caractérisent par un attrait de plus en plus marqué pour la carte bancaire, 69 % déclarent privilégier la carte pour le règlement de leurs achats quotidiens. » Le plafond de paiement a également été relevé en mai 2020, passant de 30 à 50 euros.

De la fiction à la réalité

Interrogé par 20Minutes, le porte-parole du collectif “Restons ouverts” Stéphane Manigold a lui avancé un autre élément éclairant : « les touristes étrangers paient surtout en espèces et les touristes français plutôt en carte bleue, l’absence des premiers et la présence massive des seconds cet été fait qu’on assiste logiquement à une augmentation des paiements par carte. »

Les groupements de professionnels ne partagent pas non plus l’euphorie de Bruno Le Maire : ainsi, dans un communiqué du 27 août, le GNI (Groupement National des Indépendants) explique la chose suivante : « 60 % des restaurants perdent au moins 20 % de leur chiffre d’affaires entre juillet et août 2021. Ils sont 40 % à perdre plus de 50 % de leur chiffre d’affaires. » Arnaud Bennet, président du Syndicat national des espaces de loisirs, d’attractions et culturels, a lui expliqué le 30 août sur franceInfo que « le pass sanitaire [avait] coûté 20, parfois 40, 50 % du chiffre d’affaires de beaucoup d’entreprises du secteur, notamment les petites. » Un chiffre avancé aussi par le producteur de Jean-Marie Bigard, qui peine à remplir ses salles : “De toute façon, nous perdons des gens avec le passe sanitaire, et ça, c’est général. Le monde du spectacle a perdu 40% de taux de fréquentation. On nous dit qu’on n’est pas à l’abri d’un quatrième confinement, comment réserver des places de spectacle dans ces conditions ?”

Enfin, pour les cinémas, avec l’instauration du pass la fréquentation a été divisée par deux et a coûté « près de 7 millions d’entrées au cinéma, ça veut dire près de 50 millions de chiffre d’affaires pour l’ensemble du secteur qui est parti en fumée », a expliqué Richard Patry, président de la FNCF (Fédération nationale des cinémas français).

On ne sait pas en revanche si les spectateurs restants ont payé leur entrée par carte bleue ou en espèces. Bruno est sans doute sur le coup.





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