Viktor Orbán consolide son pouvoir grâce aux fondations

À l’initiative du gouvernement hongrois, des fondations privées ont pris le contrôle de la plupart des universités et d’un patrimoine public de plusieurs milliards d’euros. Avec cette privatisation géante d’un genre nouveau, le premier ministre Viktor Orbán dépouille l’État au profit de ses proches, tout en enracinant son influence dans les institutions culturelles et universitaires du pays.

JPEG - 212.7 ko

Csaba Nemes. – « There Is No Stage Without Ideology 03 » (Il n’y a pas de mise en scène sans idéologie n° 3), 2012

© Csaba Nemes – Knoll Galéria, Vienne, Budapest

En 1996, après de juteuses opérations financières, l’homme d’affaires hongrois András Tombor et son père Balázs fondent le Mathias Corvinus Collegium (MCC). Attachés aux valeurs chrétiennes et conservatrices, ils ambitionnent de créer un institut universitaire d’excellence favorisant le débat d’idées et l’esprit critique. S’il se réduisait à un simple internat les premières années, le petit établissement grandit tellement qu’il faut désormais lui faire de la place. Sur le mont Gellért, qui domine le Danube à Budapest, le bâtiment austère abritant l’Institut Balassi — équivalent de l’Institut français — doit être démoli pour laisser place à ses nouveaux locaux d’ici à 2025.

Créée par la famille Tombor pour financer ses projets universitaires et culturels, la Fondation Tihanyi est devenue une société de gestion d’actifs après avoir acquis de nombreux biens publics. L’État lui a cédé gratuitement un important patrimoine immobilier et des parts dans des entreprises de premier plan : 10 % de la compagnie pétrolière et gazière Mol et du fleuron pharmaceutique Gedeon Richter. Au cours de l’année 2020, la fondation aurait reçu de l’État un ensemble d’actifs estimé par les médias indépendants à plus de 500 milliards de forints (1,4 milliard d’euros). C’est plus que le budget annuel cumulé des vingt-sept établissements publics d’enseignement supérieur hongrois pour l’année 2019. Depuis, la fondation investit dans l’immobilier de luxe : elle a acquis le port de plaisance de Révfülöp sur le lac Balaton, l’hôtel Konferencia, un établissement de luxe situé à Győr, ou encore l’Aranybika, hôtel emblématique de Debrecen.

Groupe de pression ultraconservateur, la Fondation Tihanyi entretient d’étroites relations avec le gouvernement de M. Viktor Orbán. En 2015, elle a fondé un Institut de recherche sur l’immigration dont le directeur général est l’un des secrétaires d’État à la chancellerie du premier ministre, chargé des relations avec le Parlement, M. Balázs Orbán (sans lien familial avec le premier ministre). Elle s’est (…)

Taille de l’article complet : 2 178 mots.

Cet article est réservé aux abonnés

Lycées, bibliothèques, administrations, entreprises,
accédez à la base de données en ligne de tous les articles du Monde diplomatique de 1954 à nos jours.
Retrouvez cette offre spécifique.

Thomas Laffitte &

Corentin Léotard

Respectivement journaliste, Budapest, et rédacteur en chef du Courrier d’Europe centrale.



-source-

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *