par Karine Bechet-Golovko.

Tout a un prix, les révolutions de couleur aussi. L’Occident l’a appris à ses dépens avec l’organisation du Maïdan en Ukraine, qui a entraîné pour de pays la perte définitive de la Crimée et un conflit à l’Est dans le Donbass, dont le retour semble de plus en plus compromis après tant de sang versé en raison de l’agression militaire de sa propre armée contre son propre peuple. Mais l’Occident ne peut reconnaître cette défaite, il faut un responsable et la « Plateforme de Crimée », organisée en Ukraine par ceux-là mêmes qui ont causé le démembrement du pays, doit pointer le responsable – la Russie. Cette Plateforme n’est finalement qu’une démonstration de faiblesse de plus, une crispation face au refus de prendre ses responsabilités.

Suite au Maïdan organisé par les forces Atlantistes et soutenu par les pays européens en 2014 en Ukraine pour définitivement trancher les liens entre l’Ukraine et la Russie, l’État comme structure s’est effondré, la Cour constitutionnelle a été suspendue, des hommes en armes ont remplacé les députés, un président s’est autoproclamé, les opposants au Maïdan ont été persécutés. La Crimée a donc fait sécession, ce qui est légal lorsque l’État n’existe plus, et est entrée dans le cadre de la Fédération de Russie (voir notre texte ici).

C’est bien en raison de l’organisation de ce Maïdan par les États-Unis et les pays européens alignés, que l’Ukraine a perdu la Crimée. Et légalement perdu – car le Maïdan a fait chuter l’État en Ukraine.

Ce n’était pas la première révolution de couleur, mais c’est la première fois que les organisateurs ont eu un prix à payer pour leurs actions. Et c’est justement ce qui ne passe pas depuis 2014. Ils refusent cette responsabilité.

Puisque l’agenda international passe et rien ne change, ces mêmes forces ont organisé un forum à Kiev, pour remettre la question de la Crimée à l’ordre du jour international. Il serait bien naïf de penser que l’Ukraine, seule, comme « grande puissance diplomatique », ait pu d’elle-même faire venir 46 pays et organisations internationales.

Pour parler et finalement, rien de plus. Car rien de plus ne peut être fait. Ce n’était qu’une mise en scène de plus autour du thème fédérateur et indiscutable de la mythique « agression russe », mythe fondateur de l’ordre global. Et la presse publique française joue ici parfaitement son rôle, par exemple dans ce magnifique morceau de propagande sur RFI :

« Pour la première fois, au niveau international, la Russie est reconnue comme un État occupant, et selon le droit humanitaire international, elle doit arrêter les violations des droits de l’homme en Crimée occupée, et doit autoriser un accès illimité aux organisations internationales humanitaires ».

Le problème pour eux, est que la Russie n’est pas « reconnue » justement comme « État occupant », dans le sens juridique du terme – ce n’est qu’une déclaration politique de plus et donc aucun « droit humanitaire international » et encore moins aucun droit international ne peut être appliqué contre la Russie sur ce point. Juridiquement, justement, lorsque l’on détruit un système étatique, ses composantes sont libres – puisqu’il n’y a plus d’État. Et même le Conseil de l’Europe qui est souvent mis à contribution dans ce jeu a beaucoup de mal avec les considérations juridiques (voir notre texte, par exemple, ici).

Faute de fondement juridique, la Crimée étant bien russe, il faut faire du bruit politique et médiatique. La « Plateforme de Crimée » est bien là pour à la fois que personne ne pose la question de la responsabilité des États-Unis et de l’UE dans la dislocation de l’Ukraine et pour que tous ces pays alignés n’oublient pas que l’ennemi officiel – c’est la Russie.

Suite à ces deux jours de grand-messe, une déclaration commune a finalement été adoptée, qui en fait n’apporte rien à ce qui existe déjà :

  1. Continuer à ne pas reconnaître la Crimée, comme faisant partie de la Russie – c’est déjà le cas.
  2. Analyser la possibilité d’adopter des mesures restrictives (sanctions) politiques, diplomatiques, économiques ou autres contre la Russie – c’est déjà le cas.
  3. Faire face aux mesures hybrides et divers dangers découlant de la militarisation constante de la Crimée – rien de nouveau, sur le « front » de la « menace russe ».
  4. Exiger de la Russie la fin de la violation des droits en Crimée et l’accès à un monitoring régional et international – ce discours dure depuis des années devant l’ONU, l’UE ou le Conseil de l’Europe (voir par exemple, notre texte ici).

Une attention particulière, selon le site américain radio Liberty, a également été portée à la question de la mer Noire, surtout après l’échec patent de la dernière tentative de provocation contre la Russie par le navire britannique Defender lors des derniers exercices militaires de l’OTAN dans la région (voir notre texte ici).

Cette Plateforme est finalement un aveu de défaite – cela fait déjà combien d’années que la Crimée est en Russie en conséquence de ce Maïdan, et rien n’y fait, ni la pression internationale, ni les provocations, ni les sanctions. La défaite est totale.

Il faut bien faire quelque chose, sachant qu’une intervention militarisée, quelle que soit sa forme est manifestement exclue. L’on reste donc dans la manipulation, les chansons de geste … et la tentative d’acheter. Ainsi, 5 pays (la Grande-Bretagne, le Canada, la Suède, la Suisse et évidemment les États-Unis) ont décidé de constituer un Fond pour lutter contre l’influence de la Russie dans le Sud et l’Est de l’Ukraine :

« Aujourd’hui à Kiev, ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni pour le voisinage européen Mme. Wendy Morton a annoncé la création d’un nouveau partenariat pour la Fondation ukrainienne forte.

Le Royaume-Uni, le Canada, la Suède, la Suisse et les États-Unis contribueront à atténuer l’impact déstabilisateur de la Russie dans les régions du sud et de l’est de l’Ukraine.

Le Fonds du Partenariat pour l’Ukraine forte va commencer ses travaux d’ici décembre 2021 et vise à attirer jusqu’à 35 millions de livres de donateurs d’ici trois ans.

Le financement sera destiné à des initiatives visant à renforcer les capacités des régions touchées par le conflit, telles que fournir des conseils techniques aux autorités ou fournir des investissements de subvention qui créent des opportunités économiques et améliorent l’accès aux services publics pour les résidents du sud et de l’est de l’Ukraine.

Cela devrait permettre d’améliorer la qualité des services publics, d’augmenter les revenus des familles et d’augmenter les liens entre les communautés divisées en conflit ».

Au-delà de l’aide « technique » et des « subventions » pour ces régions, il faut également préciser que le Sénat américain a adopté le projet de loi de partenariat avec l’Ukraine dans le domaine de la sécurité, qui prévoit de porter l’aide américaine annuelle à l’Ukraine à 300 millions de $, notamment en ce qui concerne les armes létales.

Dans le combat géopolitique, l’Ukraine reste bien l’un des angles privilégiés d’attaque contre la Russie, quel que soit le prix à payer par les Ukrainiens. Et il est particulièrement lourd. Ironie du sort, l’Ukraine fêtait les 30 ans de son indépendance … en étant totalement soumise à un diktat extérieur. Illustration de la Parade de « l’indépendance totale de l’Ukraine » à Kiev en 2017, où les soldats américains défilaient :

Et la population réagit de manière différente aujourd’hui, certains saluent l’Ukraine avec le « Jour de la dépendance », diffusant des photos des militaires américains :

Un jour, nous parlerons peut-être de la « déoccupation » de l’Ukraine …

Karine Bechet-Golovko


source : http://russiepolitics.blogspot.com



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