Avez-vous déjà entendu parler du Gulf Stream ? Ce courant océanique, qui fait partie plus largement de la circulation méridienne de renversement de l’Atlantique (AMOC), agit comme un véritable thermostat pour l’ensemble de la planète. Mais ça ne sera peut-être pas toujours ainsi. C’est en tout cas ce qu’affirme une étude parue le 5 août dans la revue Nature Climate Change. Des chercheurs du Potsdam Institute for Climate Impact Research, en Allemagne, rapportent en effet avoir observé les premiers signes d’une déstabilisation de ce système naturellement prodigieux. Et si le régulateur climatique majeur de la planète était sur le point de s’arrêter ?

« Je ne m’attendais pas à ce que des signes de déstabilisation soient déjà visibles, et je trouve cela effrayant », réagit Niklas Boers, auteur de cette nouvelle étude publiée il y a quelques semaines dans la revue scientifique Nature Climate Change. Les résultats de son rapport, basée sur l’analyse d’indices sur la température et la salinité du bassin de l’océan Atlantique depuis cent cinquante ans, “montrent qu’au cours du dernier siècle l’Amoc pourrait avoir évolué de conditions relativement stables à un point proche d’une transition critique, explique le chercheur dans les colonnes du Guardian. Autrement dit, le communément appelé Gulf Stream pourrait se dérégler, plongeant l’entièreté de la planète dans un dérèglement climatique encore plus soudain et violent que celui qu’elle connaît aujourd’hui.

Les courants océaniques en perte de vitesse

Si on savait déjà depuis 2018 que les courants de la circulation méridienne de retournement atlantique s’étaient largement affaiblis depuis les années 1960, étant « à leur plus faible niveau en 1 600 ans », cette nouvelle étude alarme sur la possible atteinte d’un point de non-retour, engendrant pour toute la planète des changements climatiques importants, rapides et irréversibles. Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont étudié le comportement de l’Amoc au cours des 100 000 dernières années. Ils ont alors percer à jour l’existence de ses deux états de fonctionnent, résume The Guardian : l’un, rapide et puissant, tel qu’observé au cours des récents millénaires, et un autre, lent et faible.

À cause de l’effet combiné de la hausse des températures et de la fonte des glaces, le flux pourrait ainsi irrémédiablement basculer d’un état à un autre. « La perte de stabilité dynamique impliquerait que l’Amoc a atteint un seul critique, au-delà duquel une transition possiblement irréversible vers son mode de fonctionnement faible pourrait avoir lieu », a ainsi expliqué Niklas Boers à l’agence Reuters. En d’autres mots, les observations et les empreintes récemment suggérées de la variabilité de l’Amoc indiquent un affaiblissement progressif au cours des dernières décennies, mais les estimations du point de transition critique restent incertaines.

La fonte des glaces et la hausse des températures responsables

« Nous ne pouvons pas laisser cela arriver », prévient le scientifique directeur de l’étude. Car si la cause de ce changement d’état est sans aucun doute possible le dérèglement climatique et la hausse du thermomètre mondial, l’écroulement de ce système viendrait encore accélérer le bouleversement climatique, plongeant notre planète dans un terrible et imprévisible cercle vicieux. En effet, les courants d’eau composants la circulation méridienne de retournement atlantique fonctionne de manière complexe. En fonction de la salinité de l’eau, de sa masse, de sa densité ou encore de sa température, celle-ci se déplace, générant des courants marins différents. Ces flux permettent à l’eau chaude des tropiques de remonter vers les hautes latitudes de l’Atlantique nord avant de descendre en profondeur les eaux plus froides vers le sud. En transportant ces volumes d’eau des profondeurs vers la surface – et inversement – l’Amoc contribue donc à réguler le climat mondial tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine en sont la cause. – Pixabay

Mais c’est par son excellente capacité à stocker la chaleur que l’océan, encore bien plus que la terre et l’atmosphère, s’est considérablement réchauffé ces dernières décennies. Ainsi, les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropiques majoritairement responsables de la hausse des températures, ont « des conséquences sur les propriétés et la dynamique de l’océan, sur ses échanges avec l’atmosphère et sur les habitats des écosystèmes marins », relève Météo France.

Et au-delà du réchauffement climatique, et en particulier des océans, c’est l’arrivée massive d’eau douce, due à la fonte des glaces, qui perturbe la circulation des flux marins. « Je ne m’attendais pas à ce que l’excès d’eau douce ajouté au cours du dernier siècle cause déjà un tel retournement de la circulation », s’étonne Niklas Boers dans The Guardian. En mai déjà, le chercheur et ses collègues ont signalé qu’une partie importante de la calotte glaciaire du Groenland est au bord du gouffre, menaçant une forte élévation du niveau mondial de la mer.

Des conséquences bouleversantes et irrémédiables pour l’humanité

D’autres scientifiques ont montré récemment que la forêt amazonienne émet désormais plus de CO2 qu’elle n’en absorbe, et que la canicule sibérienne de 2020 a entraîné des rejets inquiétants de méthane. Cette série de points de non-retour, constituent vraisemblablement une « menace existentielle pour la civilisation », alerte plusieurs chercheurs. Et le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) paru il y a quelques jours le confirme sans états-d’âme.

La vie marine sera elle aussi gravement touchée par ce bouleversement. – Pixabay

Selon Didier Swingedouw de l’Université de Bordeaux, « dans la région du Sahel, une diminution de l’Amoc entraînerait une baisse importante des précipitations, avec des répercussions humaines importantes dans cette région très peuplée », confite-t-il à Reporterre, alors que dans l’hémisphère nord du globe, cela aurait pour conséquence majeure « une augmentation de la fréquence des tempêtes et une augmentation du niveau des mers en Amérique du Nord et en Europe ». Au-delà de l’impact climatique d’un tel bouleversement, la production biologique marine serait également gravement touchée.

Le scientifique spécialiste de la question climatique pointe enfin « une baisse de l’absorption du CO2, et donc une hausse de la concentration de ce gaz dans l’atmosphère, puis une accélération de la montée de la température sur Terre et une hausse de la température des océans ». Soit une accélération du changement climatique. Un cercle vicieux sans limite qui risque bien d’irrémédiablement bouleverser nos existences si nous n’agissons pas sans tarder. « La seule chose à faire est de maintenir les émissions aussi basses que possible », conclut Niklas Boers, l’auteur de l’étude.

L.A.

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