Benyamin Netanyahou, le premier ministre d’Israël, ressasse à la faveur de ses déclarations une critique récurrente de la politique nucléaire iranienne. L’Iran respectait, selon l’AIEA, l’accord qui limitait le développement de son activité en la matière, et ce dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires dont le pays est signataire. En revanche Israël a développé un programme nucléaire de longue date, ce qui fait qu’il détient l’arme atomique. Et ce au mépris de la législation internationale sachant qu’il n’a pas signé le traité et que l’AIEA n’exerce aucun contrôle sur son arsenal. Il s’agit là de l’exemple le plus prégnant de la différence de traitement dont font l’objet les États, selon leur position dans le concert des nations. 

L’ordre international existe-t-il ?

Il ne faut certes pas ici faire preuve de candeur ; la politique internationale se résume à un rapport de force. Il n’y a pas d’ordre international, autrement dit une source d’autorité libre et à l’abri du pouvoir des plus forts.

Raymond Aron s’était penché sur la question. Il écrivait à ce propos, avec réalisme : « La paix nous est apparue, jusqu’à présent, comme la suspension, plus ou moins durable, des modalités violentes de la rivalité entre unités politiques. On dit que la paix règne quand le commerce entre nations ne comporte pas les formes militaires de la lutte ». Mais le « nouvel ordre international » est devenu une dérive continue, masquant le pouvoir exercé par les puissances mondiales. Ainsi George Bush déclarait dans son discours au Congrès le 11 septembre 1990 : « Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le golfe Persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix ».

On est loin des objectifs recherchés par les initiateurs de la SDN devenue l’ONU. Cet ordre revendiqué par George Bush n’est rien d’autre qu’un nouvel avatar de la Pax Americana, qui sera développée par les USA dans les suites de l’effondrement de l’URRS. On connait la suite. Intervention en Afghanistan, toujours en guerre larvée depuis trente ans malgré l’occupation américaine qui arriverait à son terme avant la fin de l’année. L’intervention en Iraq, ravagé par deux invasions, au moyen d’une guerre technologique privilégiant les bombardements massifs, provoquera près d’un million de morts essentiellement civils.

L’épisode  tragi-comique de l’intervention du secrétaire d’État américain Colin Powel le 5 février 2003 au Conseil de sécurité de l’ONU, prétendant détenir les preuves de l’existence d’un arsenal d’armes chimiques en Iraq, ne convaincra pas le conseil. Les USA se passeront donc de l’ONU et formeront une coalition avec leurs alliés et obligés.

Les instruments de gestion de l’ordre mondial

Le plus connu des premiers organismes internationaux est la feue Société des Nations, crée en 1919 à la faveur du traité de Versailles. Mais là où le bât blesse, c’est que les États-Unis, pourtant actifs lors des négociations du traité, n’adhèreront finalement pas à la SDN. Certes résultat direct de l’influence de communautés germaniques aux USA, le Sénat américain s’opposant à l’adhésion, ce refus illustre avant tout des tendances isolationnistes contre la volonté même de Woodrow Wilson, initiateur du projet de la SDN. L’ONU en revanche sera fermement cornaquée par les USA, qui ont affirmé leur puissance lors du deuxième conflit mondial et entendent alors prendre une part active à l’organisation de « son » ordre mondial.

Il est de fait que l’ONU a fait preuve de son impuissance à plusieurs reprises à la faveur des conflits régionaux, en réalité insusceptibles d’être réglés sans l’appui de États-Unis. Certes des organisations satellites, sous forme d’agences, telles que le FMI, L’OIT et l’OMS, existent. Mais son bras judiciaire, la Cour de Justice Internationale, s’est révélée incapable de s’imposer sinon très marginalement dans des secteurs sinon accessoires, en tout cas considérés comme non stratégiques, ainsi l’environnement et le droit de la mer. Sachant que les USA, pourtant promoteurs de cette juridiction, n’acceptent pas le caractère contraignant de ses décisions…

On doit s’interroger sur l’intérêt de maintenir l’existence même de l’ONU, qualifié de « machin » par le général De Gaulle. Il existe une contradiction absolue entre la raison d’être de l’ONU et la réalité de ses pouvoirs. Cette assemblée permet certes de réunir les pays du monde et de favoriser des coopérations internationales, mais en aucun cas de remplir ses objectifs, sa son autonomie, et par conséquent sa supranationalité n’étant pas assurées.

Rien de nouveau sous le soleil : c’est toujours le plus fort qui impose sa loi

L’invasion de la Crimée est le dernier grief majeur fait à la nouvelle Russie de Vladimir Poutine. Cette région faisait partie de l’Empire Russe depuis le XVIIIe siècle jusqu’à la décision de Nikita Krouchtchev de l’attribuer à la République populaire soviétique d’Ukraine, alors que son peuplement est majoritairement russe et non ukrainien. Ce n’est que parce que la Russie est absolument décidée à conserver sa souveraineté, acceptée par référendum, que la situation ne devrait plus changer.

Il en est de même pour les occupations et colonisations israéliennes hors de son territoire, en violation absolue du droit international, des résolutions de l’ONU et de l’avis des populations occupées. Là encore, rien ne changera parce que État juif en fait une question de vie ou de mort et qu’il a le soutien inconditionnel des USA.

On pourrait multiplier les exemples à l’envi : pour ce qui nous concerne, la conservation de l’île de Mayotte malgré un référendum dans l’archipel optant pour l’indépendance, reste une question qu’aucune juridiction internationale ne règlera.

La question est de savoir comment, dans le monde d’aujourd’hui, les objectifs affichés de développement des droits démocratiques et de leur nécessaire corollaire, une information équitable, peuvent être assurés. Mais c’est un vœu pieux, évidemment.



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