Ils sont cinq candidates et candidats. Deux femmes et trois hommes qui se disputent les faveurs des électeurs et électrices lors de la primaire écologiste qui aura lieu en ligne du 16 au 29 septembre prochain. Organisé par une association créée pour l’occasion, Union pour l’écologie en 2022, le scrutin permettra aux sympathisants de désigner celle ou celui qui se lancera dans l’arène présidentielle. Ils ont jusqu’au 12 septembre pour s’inscrire sur le site Les écologistes.fr. Pour voter, deux conditions : être âgé d’au moins 16 ans et débourser deux euros pour chacun des tours : le premier lieu aura lieu du 16 septembre au 19, le second du 25 au 28 septembre.

Inscrites et inscrits auront à choisir entre Delphine Batho, Jean-Marc Governatori, Yannick Jadot, Éric Piolle et Sandrine Rousseau. Chacun de ces candidats ont récolté au moins 28 voix sur les 236 marraines et parrains désignés par les différents partis partenaires d’Europe Écologie — Les Verts (EELV) : l’Alliance écologique indépendante, Génération·s, Génération Écologie, le Mouvement des progressistes et Cap 21.

« Le challenge n’était pas d’obtenir le plus de parrainages possible mais d’en récolter 28. On ne veut pas privilégier un candidat plutôt qu’un autre. L’idée est que tous partent sur la même ligne de départ », dit à Reporterre Hélène Hardy, membre du bureau exécutif d’EELV et organisatrice de la primaire.

Elle se réjouit des 20 000 personnes qui se sont inscrites sur le site. Un chiffre supérieur aux primaires de 2016, quand 12 582 personnes avaient voté au premier tour et 13 926 personnes au second. Mais cela reste loin du raz-de-marée espéré par certains. Pour Julien Bayou, le secrétaire national du parti, « le nombre n’importe pas vraiment », l’enjeu étant plutôt pour lui « les débats télévisés qui peut-être apporteront une audience », a-t-il déclaré sur France Info.

Faire connaître des candidats, dont certains manquent de notoriété, est l’un des enjeux de cette primaire. Dans un sondage de YouGov pour le site L’Internaute, 43 % des sondés répondent n’avoir « jamais entendu parler d’un des candidats ». Reporterre vous les présente rapidement, par ordre de déclaration de candidature. Le quotidien de l’écologie reviendra sur chacune et chacun avec un entretien et un portrait.


Les cinq candidats :

Sandrine Rousseau, l’écoféministe

Pour partir à l’assaut de cet électorat, certains s’y sont pris très tôt, à l’instar de Sandrine Rousseau. Cette économiste de 49 ans a été la première à déclarer sa candidature à la primaire, dès novembre 2020. Porte-parole puis secrétaire nationale adjointe des Verts, elle avait mis sa carrière politique sur pause en 2017, après avoir accusé le député Denis Baupin d’agression sexuelle. S’éloignant alors de la vie politique, Sandrine Rousseau a consacré son énergie à ses étudiants, à l’écriture d’un livre et à la création d’une association pour aider les personnes victimes de violences sexuelles. Un exil volontaire qui a pris fin le 6 juillet 2020, lorsque Gérald Darmanin, accusé de viol, de harcèlement sexuel et d’abus de confiance, a été nommé ministre de l’Intérieur. « J’étais assise sur ma chaise, j’ai entendu l’information et je me suis dit “Ma fille, tu ne vas pas regarder les trains passer, tu ne vas pas regarder le monde comme ça” », a-t-elle raconté à Reporterre. Écoféministe, elle veut marquer sa différence avec ses rivaux par sa « radicalité environnementale ». Elle propose notamment la création d’un « revenu d’existence », un accès garanti à un minimum d’eau et d’électricité, et une taxation du carbone à 200 euros la tonne. Surtout, Sandrine Rousseau veut mettre un terme à la prédation de l’homme « sur le corps des femmes, sur le corps des racisés, sur ceux des plus précaires ».

Éric Piolle, le planificateur

Ce fut ensuite au tour d’Éric Piolle d’officialiser sa candidature le 29 juin dernier. Une candidature qu’il préparait depuis plusieurs mois. Cet ancien ingénieur informatique a été réélu à la mairie de Grenoble en 2020 à la faveur d’un large rassemblement des écologistes, de la gauche et de la société civile. Il s’appuie sur sa capacité à unir la gauche et les écologistes, et sur un bilan de maire d’une grande ville, salué par certains et décrié par d’autres. Durant les journées d’été des écologistes, il a présenté un plan de route chiffré et précis, fruit d’un travail d’un an, élaboré par 300 adhérents, qui ont auditionné syndicats, experts et membres de la société civile. L’édile grenoblois prévoit l’adoption d’un ISF (impôt sur la fortune) climatique et proposerait s’il était élu un référendum sur cinq points : séparer la justice de l’exécutif, établir la représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale, faire entrer le climat dans l’article 1er de la Constitution, mettre en place un référendum d’initiative citoyenne (RIC), supprimer les articles 13 et 16 de la Constitution : le premier précise que le président signe les ordonnances et décrets, le second lui octroie des pouvoirs exceptionnels en période de crise.

Yannick Jadot, le chevronné

L’eurodéputé Yannick Jadot s’est déclaré candidat un jour après Éric Piolle, soit le 1ᵉʳ juillet, dans une interview au journal de 20 heures sur TF1. Il assurait alors se poser comme rassembleur porteur d’une « écologie ouverte et majoritaire ». Plutôt connu du grand public, il a déjà été candidat au scrutin présidentiel en 2017, avant de se ranger derrière le socialiste Benoît Hamon. Une défection qui a laissé une certaine amertume au sein du parti. Eurodéputé actif depuis 2009, il s’est notamment investi dans le projet d’une taxe carbone aux frontières européennes. Yannick Jadot ne fait pas l’unanimité au sein de sa famille politique, passant parfois pour centriste, voire droitier, notamment du fait de son soutien à la manifestation policière de mai dernier. Un soutien qu’il a assumé lors des journées d’été, tout en présentant un large panel de mesures : un plan de relance écologique et sociale à 50 milliards d’euros et l’avènement d’un revenu citoyen dès 18 ans. Ce politicien chevronné a multiplié les promesses : « Extirper les lobbies des ministères » ; « Accueillir en dignité Afghanes et Afghans », «  Zéro artificialisation des sols », « La régulation du cannabis et des drogues douces, un enjeu pour libérer les quartiers des mafias ! »

Delphine Batho, la décroissante

Delphine Batho s’est portée candidate le 5 juillet. Présidente du parti Génération Écologie, elle a été ministre de l’Écologie sous François Hollande, avant d’être limogée en 2013 pour avoir qualifié le budget de son ministère de « mauvais » et avoué sa « déception à l’égard du gouvernement ».

Lors d’un débat organisé par Reporterre en juin dernier, la députée des Deux-Sèvres a proclamé son parti pris pour la décroissance, qu’elle estime être le seul chemin face à l’accélération des catastrophes climatiques. « Toutes les personnes qui décident de ne pas prendre l’avion, d’acheter d’occasion plutôt que neuf, de consommer moins, mais mieux, qui changent leurs habitudes alimentaires, font le choix de la décroissance sans mettre le mot dessus. » La députée veut en finir avec « le matraquage idéologique assimilant décroissance à diminution du confort. Si vous arrêtez l’essor du e-commerce en France, vous conservez quatre emplois contre un emploi créé chez Amazon. »

Jean-Marc Governatori, le droitier

Enfin, Jean-Marc Governatori a été le dernier à rejoindre la course, grâce à une décision de justice du 29 juillet dernier. Cet entrepreneur fortuné, conseiller municipal d’opposition à Nice, avait réussi à réunir le nombre parrainages nécessaires grâce au soutien de Corinne Lepage, coprésidente du parti Cap 21. Mais l’avocate et ancienne ministre de l’Environnement sous Jacques Chirac s’étant brouillée avec les organisateurs de la primaire, elle a refusé de soutenir sans condition le vainqueur. « Il me semble pourtant évident que si on fait une primaire, on demande à ceux qui s’engagent de respecter le résultat. Sans quoi le vote serait vidé de son sens », s’étonne Hélène Hardy. Le parti COP 21 a donc été exclu du processus, faisant perdre ses parrainages à Jean-Marc Governatori. Furieux, l’entrepreneur a porté l’affaire devant le tribunal, qui lui a donné raison. Il se retrouve ainsi dans la course, mais semble avoir mal commencé sa campagne. Dans une vidéo publiée sur Facebook le 3 août, il affirmait que la vaccination contre le Covid pourrait fabriquer des maladies comme le cancer. Gêne et stupeur au sein d’EELV… Même Corinne Lepage, son soutien historique, s’est désolidarisée de lui sur Twitter, estimant qu’elle n’avait « ni à cautionner, ni à contester » ses propos. « On lui a demandé de faire attention à ce qu’il raconte, vu qu’il est désormais dans la primaire », avoue Hélène Tardy.

Ainsi, durant les journées d’été des écologistes qui ont eu lieu à Poitiers, Jean-Marc Governatori a évité toute polémique sans toutefois réussir à convaincre grand monde parmi les militants présents.

• Pour mieux connaître les personnalités, programmes et atouts des candidates et candidats, Reporterre publiera début septembre un entretien avec chacune et chacun, ainsi qu’un portrait. De quoi faire son choix avant le premier tour de cette primaire qui commencera, donc, le jeudi 16 septembre.

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